Une question de solidarité nationale

Gérard Depardieu, acteur français, désormais domicilié en Belgique

Parlons ciné et fiscalité (en lien avec la philosophie de ce blog comme toujours ;) )

Depuis plusieurs jours, la polémique provoquée par Gérard Depardieu n’en finit pas. Pour rappel, le célèbre acteur (autant pour ses films que pour ses frasques) s’est installé à Néchin, un hameau située sur la commune belge d’Estampuis, dans le Hainaut, à seulement un kilomètre de la frontière. Dans le même temps, son hôtel particulier parisien a été mis en vente.

Un départ qui a suscité des remous notamment à gauche. A ce titre, certains n’ont pas hésité à qualifier l’initiative de Depardieu de minable, soupçonnant fortement ce dernier de s’installer Outre Quiévrain pour payer moins d’impôt. Blessé dans son orgueil (au passage démesuré), l’acteur a déclaré vouloir renoncer à la nationalité française et ainsi prendre celle de son tout nouveau pays d’adoption.

Depuis lors, ce qui n’était qu’une histoire secondaire est devenue une affaire clairement politique notamment si on se réfère aux propos mêmes du ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui considère que le départ de Gérard Depardieu n’est que le reflet d’une politique fiscale française très restrictive et pénalisante notamment à l’égard des grandes fortunes. Des propos qui sont loin d’être innocents dans la mesure où Didier Reynders fut il n’y a pas si longtemps, ministre des Finances mais également et surtout leader du Mouvement réformateur, le parti libéral francophone, ayant pour modèle Nicolas Sarkozy.

L’attitude de Gérard Depardieu souligne cependant un état d’esprit bien particulier en ces temps de crise. A l’heure où il est demandé aux Français que nous sommes de faire des efforts pour redresser la situation économique et donc faire face aux difficultés, certains expriment leur volonté de ne pas prendre part à l’effort et donc par extension, à la solidarité nationale. C’est, d’une certaine manière, leur droit légitime, et libre à eux de le dénoncer.

Toutefois, si une telle attitude est tout à fait logique, il n’en demeure pas moins qu’elle est difficile à accepter, moralement parlant. Gérard Depardieu et avant lui Christian Clavier (parti à Londres), Bernard Arnault et autres grosses fortunes semblent oublier que s’ils sont devenus riches, c’est grâce à des centaines de milliers de nos compatriotes qui ont acheté leurs produits ou allé voir leurs films plus ou moins bons. Ces milliers de Français qui ont assuré leur notoriété mais aussi et surtout leur prospérité et qui continuent à le faire en ces temps de crise, malgré tout, sans doute parce qu’ils apprécient le personnage surtout s’il est Français.

Caricature de Pierre Kroll parue dans Le Soir, journal belge, le 17 décembre dernier

De fait, en se comportant de la sorte et en menaçant de rendre sa nationalité française, Gérard Depardieu commet une faute majeure, celle d’insulter nombre de nos compatriotes qui eux aussi voudraient payer moins d’impôt mais qui n’ont pas la possibilité matérielle et physique de s’expatrier à l’étranger pour le faire. Ce sont pourtant ces mêmes Français qui, au nom de la solidarité nationale, continuent à s’acquitter à l’impôt, sans broncher et en serrant les dents. Certaines personnalités l’ont d’ailleurs clairement compris à l’instar du cinéaste Claude Lellouch ou bien encore du chanteur Michel Sardou qui ont même jugé tout à fait normal et logique de participer à l’effort national même s’ils devaient être plus imposés que les autres, au nom de ce fameux et sacro-saint principe de solidarité nationale. Un point de vue d’autant plus clair et courageux quand on sait que Lellouch et Sardou sont réputés proches de la droite républicaine, le premier ayant même soutenu Nicolas Sarkozy durant la présidentielle tout comme Gérard Depardieu.

Qui plus est, en faisant des démarches pour obtenir la nationalité belge (et donc renoncer à sa nationalité française), Depardieu insulte également celles et ceux qui se sont battus et/ou se battent (encore) pour obtenir ce fameux sésame et qui dans leur très grande majorité des cas, payent leurs impôts. Ces résidents étrangers ou ces naturalisés qui sont venus en France partager un idéal mais surtout des valeurs et qu’on ne cesse de montrer du doigt malgré leur contribution évidente à la prospérité de notre bel Hexagone. Ces résidents qui payent des impôts sans sourciller (et qui sont même d’une certaine manière, fiers d’en payer) mais qui malheureusement n’ont toujours pas voix au chapitre aux élections locales à la différence d’un Gérard Depardieu qui peut user de ce droit grâce à sa nationalité française, une nationalité qu’il est prêt à renoncer pour une (simple) question d’orgueil.

Dès lors, Depardieu se rend effectivement minable non pas aux yeux du gouvernement mais à ceux des Français à qui il doit une partie (sinon plus) de son succès et de sa réussite. En se comportant de la sorte, il prend le risque de se faire désavouer par ses compatriotes mais également de donner raison à la politique fiscale du gouvernement Ayrault qui se base habilement sur ce principe de solidarité nationale notamment face à une UMP qui parle de matraquage fiscal et chasse aux riches mais qui oublie dans le même temps la situation de certains entrepreneurs, donnant finalement l’impression que l’opposition s’occupe bien plus des soucis et des états d’âme d’un acteur en perdition que de centaines de PME qui contribuent bien plus à la richesse de notre pays et à l’effort national.

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