La dérive fanatique et haineuse de Mélenchon (et de ses lieutenants) ?

Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche et leader du Front de gauche, lors du Congrès de son parti à Bordeaux, les 22, 23 et 24 mars derniers

Ce week-end s’est tenu, à Bordeaux (Gironde), le congrès du Parti de gauche, le parti co-présidé par Martine Billard et Jean-Luc Mélenchon.

Un congrès marqué par la radicalité du discours et même une certaine violence (verbale) vis-à-vis la politique du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, notamment de la part de Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas hésité à s’en prendre à Pierre Moscovici, actuel ministre de l’Economie et des finances dans des termes particulièrement polémiques, suscitant l’indignation du Parti socialiste et de son premier secrétaire Harlem Désir.

L’actuel député européen (groupe Gauche Unitaire européenne) a en effet déclaré que l’ancien député du Doubs ne pensait pas français mais finance internationale. Des propos qui ont provoqué une forte polémique dans la mesure où Mélenchon semblait faire référence – de manière indirecte – aux origines juives de l’actuel ministre. Et bien que les propos de Mélenchon aient été mal retranscrits et interprétés par l’Agence France Presse (il fallait lire « Moscovici ne parle pas en Français mais le langage de la finance internationale »), il n’en demeure pas moins qu’ils sont (très) révélateurs non seulement d’un état d’esprit qui est en train de profondément changer le Parti de gauche.

En adoptant une ligne politique plus dure, le Parti de gauche semble avoir choisi son camp, celui de l’opposition au Parti socialiste et à la stratégie menée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault, pour (de simples) considérations idéologiques avec pour objectif suivant : forcer le Parti communiste à choisir entre lui et le Parti socialiste.

Car dans l’optique des élections municipales de 2014, le Parti de gauche cherche à maintenir la pression sur son partenaire principal du Front de gauche, quitte à le mettre au pied du mur. A ce titre, il n’est pas sur que la diatribe de Jean-Luc Mélenchon contre le Parti socialiste et certains membres du gouvernement ait été vraiment appréciée au sein de la direction du PCF dans la mesure où à la différence du PG, les communistes recherchent une ligne un peu plus modérée, du moins réaliste vis-à-vis le gouvernement et le PS qui reste, malgré tout, un partenaire incontournable à gauche. Toutefois, les propos tendancieux du leader du Front de gauche demeurent problématiques pour le PCF dans la mesure où Jean-Luc Mélenchon devient non seulement de plus en plus incontrôlable mais semble de plus en plus tirer contre son camp, risquant de provoquer une profonde division au sein du Front de gauche quant à la stratégie à mener au sein de et vis-à-vis la majorité.

En forçant les communistes à choisir et en exprimant son aversion de plus en plus profonde (disons-le tout net, sa haine) envers un Parti socialiste qu’il considère de plus en plus social-démocrate, Jean-Luc Mélenchon prend un risque plus ou moins insensé et semble s’engager dans une dérive fanatique dans laquelle, il est convaincu de la nécessité de frapper dur et fort sur la gauche de gouvernement, quitte à être à la limite de l’outrance. Cela n’est pas étonnant en soi dans la mesure où c’est son style et son tempérament, un tempérament de plus en plus inquiétant et qui devient de plus en plus problématique pour autant surtout lorsque certains militants et cadres du Parti de gauche (tels François Delapierre qui s’en est pris également à Pierre Moscovici et aux seize autres ministres de l’Eurogroupe en les traitant de « salopards« ) en deviennent de plus en plus sectaires et de plus en plus vindicatifs vis-à-vis le Parti socialiste.

En agissant de la sorte, Mélenchon espère à la fois récupérer tous les déçus de la politique de François Hollande mais aussi prendre sa revanche (politique comme personnelle) sur un Parti socialiste qu’il a finalement plus détesté que respecté et un PCF qu’il recherche à dominer quitte à mettre en danger l’unité même du Front de gauche. C’est notamment pour cette raison que Marc Dolez avait quitté le PG en décembre dernier, dénonçant la stratégie actuelle de son leader. Toujours est-il que les choses semblent peu à peu se décanter et se clarifier à quelques mois des élections municipales et vis-à-vis le soutien ou non à la politique actuelle du gouvernement.

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