A la recherche d’une nouvelle identité wallonne

Le gouvernement régional wallon a rendu public sa nouvelle identité visuelle, destinée pour sa communication à l’international. Un logo épuré, (trop) simple, représentant à la fois la Wallonie, ainsi que ses cinq provinces constitutives (Brabant wallon, Hainaut, Luxembourg, Namur et Liège) ouverte sur le monde, et affirmant son appartenance à la Belgique via le sigle « .be » qui y est accolé.

Un logo qui fait pour autant débat et qui fait loin de faire l’unanimité au sein de la population, considérant que le changement de logo –en raison de son coût, près de 60 000 euros – est inopportun en ces temps de crise, sans compter qu’il ne signifie pas grand-chose. Pour Alain Destexhe, député régional bruxellois et membre du Mouvement réformateur (le parti libéral francophone), le nouveau logo international de la Wallonie est nul et prétentieux tandis que certains twittos se sont montrés très critiques sur la nouvelle identité visuelle d’une région censée reprendre des couleurs et qui souhaite se faire (mieux) connaître à l’étranger.

Mais derrière ces critiques plus ou moins argumentées et justifiées, se cache la question de l’identité en Belgique francophone, notamment face à la Flandre, la partie néerlandophone du plat pays. En octobre 2008, lors de mon échange universitaire à l’Institut d’Etudes européennes de l’ULB (Université libre de Bruxelles), j’avais déjà soulevé cette question auprès des étudiants francophones (wallons et bruxellois) que j’avais rencontrés, notamment David, étudiant en sciences politiques mais aussi auteur du blog « Belgium4ever ». A la question « l’identité wallonne existe-t-elle », il m’avait répondu que non, du moins qu’elle n’était pas aussi forte et surtout marquante dans les esprits que l’identité flamande.

Cinq ans après, cela semble toujours le cas si on se réfère à la polémique qu’a suscité la présentation du nouveau logo. La Wallonie semble encore et toujours un concept, une (simple) région administrative et non une région sur laquelle des hommes et des femmes peuvent s’appuyer pour mieux exporter et surtout mieux être identifié à l’international.

Caricature de « Clou » représentant Rudy Demotte, ministre-président de la Région Wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles parue le 28 juin dernier sur le site Internet de la Libre Belgique

Car comme le souligne assez bien David, la Wallonie souffre d’un déficit d’image, et surtout d’identification. En effet, qui saura à l’extérieur (hormis les Français, et encore les frontaliers) que le symbole de cette région est le coq, un coq qu’on pourrait aisément confondre avec le coq gaulois ? De fait, les responsables politiques wallons n’ont pas d’autres solutions que de mettre en avant une nouvelle identité, plus simple à voir et surtout à retenir, comme pour une marque.

Cela est d’autant plus nécessaire en raison de la structure institutionnelle de la Belgique, un Etat fédéral divisée entre régions et communautés ayant des pouvoirs autonomes plus ou moins importants notamment en matière de commerce extérieur où la Flandre arrive à mieux tirer son épingle du jeu par rapport à la Wallonie. La région flamande a d’ailleurs compris tout l’intérêt d’une identité visuelle simple et facile à détecter. En clair, le « branding » devient une arme à la fois économique mais aussi et surtout politique pour mieux en avant l’identité (sous toutes ses formes) de la Flandre, en particulier dans le cadre de sa stratégie économique. Cette stratégie n’aurait pas été la même, voire peu payante si le fameux Vlaams Leeuw (Le lion flamand, le symbole historique) avait été utilisé pour mettre en avant les atouts de la région la plus riche de Belgique.

De fait, derrière cette polémique, se cache une fois encore, en Wallonie, la question du rapport à l’identité, une identité en question dans la mesure où elle n’est pas tellement claire aussi bien en Belgique qu’à l’extérieur même du plat pays.

About gilles