Un mariage de raison ?

Au revoir l’Europe des 27, place à l’Europe des 28. Depuis ce lundi, minuit, la Croatie est officiellement membre de l’Union européenne. Pour marquer le coup, Herman Van Rompuy, président du Conseil européen et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne ainsi que Dalia Grybauskaite, présidente de la Lituanie et au nom de la présidence lithuanienne de Conseil de l’Union européenne étaient présents en compagnie des Croates, à Zagreb, la capitale du pays.

Un élargissement qui a eu lieu dans une relative indifférence – si on en croit la presse – à l’heure où l’Union européenne connait une certaine méfiance de la part des Européens. Certains s’interrogent même, après coup, de l’opportunité d’intégrer ce nouveau membre à l’économie encore fragile et qui connait un taux de chômage de proche de 20% (au point que la comparaison avec la Grèce est de plus en plus fréquente). Enfin côté croate, si la population soutient l’adhésion de leur Etat, elle demeure en revanche plus réaliste quant aux avantages nets que le pays peut escompter.

Dès lors, certains considèrent que l’arrivée de la Croatie dans l’Union comme un mariage de raison, comme allant de soi, la conclusion logique d’un processus qui a démarré dès 1991, date à laquelle, cette ancienne république constitutive de Yougoslavie quitte la Fédération et proclame son indépendance. S’en suivent alors vingt ans de négociations officieuses puis officielles avec ses hauts et ses bas, notamment en raison de l’attitude de la Slovénie qui, à plusieurs reprises, avait menacé d’apposer son veto à l’entrée de la Croatie dans l’Union.

Caricature de Pierre Kroll, parue le 1er juillet sur le site internet du « Soir » quotidien belge francophone

C’est donc au nom de l’Histoire, parfois brutale, que la Croatie rejoint l’Union, considérant que son avenir se situe à Bruxelles. Néanmoins, l’arrivée de cet Etat constitue également une chance pour l’Europe dans la mesure où elle peut en profiter pour s’interroger sur la finalité de la construction européenne notamment en ce qui concerne les élargissements futurs (exception faite de la Turquie). Comme le souligne si bien Fabien Cazenave, la présence de la Croatie a un effet positif sur les Balkans dans la mesure où les autres Etats n’auront pas d’autres solutions que de mener des réformes profondes et satisfaire aux critères de Copenhague s’ils veulent intégrer l’Union. La Croatie l’a d’ailleurs bien compris, elle qui risquait de voir son adhésion suspendue en raison de la corruption qui gangrénait le pays. Autrement dit, il s’agit d’un signal important pour la Serbie, le Monténégro, le Kosovo ou bien encore l’Albanie qui savent qu’ils devront faire des efforts importants pour espérer intégrer l’Union, preuve encore de sa force d’attraction.

Qui plus est, à l’heure où l’Union européenne semble s’essouffler, l’arrivée du vingt-huitième peut être l’occasion d’une nouvelle dynamique positive pour la construction européenne. On l’a vu avec l’élargissement, cela est également valable pour les choix politiques futures de l’Europe, au moment où l’option fédérale est de plus en plus évoquée par certains haut-responsables des institutions européennes (Martin Schulz pour le Parlement européen, Viviane Reading pour la Commission européenne) comme par certains dirigeants nationaux tels François Hollande et même Angela Merkel. Reste à savoir ce qu’on entend véritablement par fédéralisme, les prochaines discussions au Conseil européen (à 28 désormais) donneront, à ce propos, une indication.

L’arrivée de la Croatie donne donc l’occasion pour l’Union européenne de se repenser et de se redéfinir à l’heure où les citoyens s’en éloignent de plus en plus, en témoigne la percée des eurosceptiques. Comme l’a d’ailleurs souligné Ivo Josipovic, le président croate, lors d’une conférence au Collège d’Europe à Varsovie en juin dernier, l’adhésion de la Croatie est source de nouveaux défis pour l’UE, désormais à 28.

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