Les défis du roi Philippe

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Ce dimanche 21 juillet constituera une date importante dans l’histoire de la Belgique. Outre la traditionnelle fête nationale (célébrant la prestation de serment de Léopold, premier roi des Belges), deux rois vont officiellement se succéder à la tête du plat pays. Albert II signera son acte d’abdication à 11 heures 45. Une heure et demie plus tard, son fils Philippe jurera fidélité à la Constitution et aux lois du peuple belges devenant ainsi le septième roi des Belges.

Le Roi Philippe de Belgique, prêtant serment, devant les parlementaires, le 21 juillet 2013

Mais le futur Philippe Ier risque-t-il de devenir le dernier souverain de Belgique ? Cette question, quelque peu provocante, mérite d’être posée avec sérieux surtout en regard de la situation politique et de la place de la monarchie dans le plat pays, naviguant toujours à flux tendus entre néerlandophones et francophones. A ce titre, la « Joyeuse sortie » (c’est-à-dire les adieux officiels) d’Albert II semble susciter – si on en croit la presse francophone et à la lecture de la presse néerlandophone – davantage d’enthousiasme en Wallonie qu’en Flandre. A Gand, ils n’étaient qu’une centaine de personnes contre deux mille à Eupen et cinq mille à Liège pour la dernière tournée royale dans les trois communautés linguistiques du pays (néerlandophone, germanophone, francophone), ce qui relance en Flandre le débat sur le rôle voire la pertinence d’un système monarchique, (du moins dans sa configuration actuelle) que certains souhaitent voir transformer en monarchie protocolaire, voir disparaitre notamment du côté des indépendantistes de la Nieuwe Vlaams Alliantie (Nouvelle Alliance Flamande) menée par Bart de Wever. L’avènement de Philippe comme futur monarque mais surtout la perspective des élections générales de mai prochain vont donner lieu à des débats importants entre les principaux partis et familles politiques du pays.

Caricature du Clou parue dans La Libre Belgique, quotidien francophone

Une interrogation qui refait surface à l’heure où certains s’interrogent encore sur la capacité du futur roi Philippe de régner sur un pays déjà bien instable. L’actuel prince sait qu’il sera scruté, jugé, épié et surveillé, la moindre prise de position pouvant se retourner contre lui, surtout si elle est mal interprétée. Comme l’avait assez bien résumé Béatrice Delvaux, ancienne rédactrice en chef du Soir, quelques années auparavant, Philippe de Belgique n’a pas choisi d’être roi et sait que nombre de Belges comptent sur lui pour incarner et défendre l’unité de son pays, une unité de plus en plus mise à rude épreuve.

Mais Philippe ne manque pas d’atouts et sait que tout va se jouer dans les premières semaines et mois de son règne sans oublier au lendemain des élections de mai 2014, si d’aventure un compromis politique entre Flamands et Wallons peinait à émerger. Sera-t-il un roi en retrait ou un monarque qui arbitre tout en restant dans ses prérogatives ? Un roi qui n’hésitera pas à mettre les mains dans le cambouis ou qui préférera observer de loin, quitte à agir en coulisses ? C’est de la façon dont il perçoit et conçoit son règne qu’il sera jugé positivement ou non par ses sujets. Qui plus est, le futur roi devra trouver son style, sa personnalité qui sera de toute façon différente de son père et de son oncle, Baudouin Ier. Un futur monarque qui peut s’appuyer sur sa famille et en particulier sa femme, Mathilde, véritable atout charme dans cette Belgique en mutation permanente. Un futur Roi qui devra accompagner et non subir les transformations actuelles et sans doute à venir de son Etat (aussi bien sur le plan social, sociétal, économique et institutionnel) tout en veillant à protéger et défendre mordicus l’unité de la Belgique, ce qui suppose au passage une autre façon de communiquer notamment vis-à-vis d’une Flandre de plus en plus critique et lassée par la monarchie.

Philippe, roi des Belges, et son épouse, la reine Mathilde

C’est donc dans une Belgique en perpétuel chantier que le futur roi Philippe devra faire ses preuves et se montrer indispensable. La tâche parait, quand on connait la complexité du pays, très compliquée pour ne pas dire extrêmement compliquée. Mais Philippe sait qu’il n’a plus rien à perdre et qu’au bout du compte, tout ce qu’on lui demande, c’est de faire son « travail ».

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