Le dérapage (stupide mais contrôlé) de Gilles Bourdouleix

« Les cons, ça ose tout. C’est même à cela qu’on les reconnait ! »

Cette phrase prononcée par Lino Ventura dans « Les Tontons Flingueurs » (film culte) je la connais par cœur, je l’affectionne tout particulièrement, tant elle est criante de vérité.

Des cons, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Je pense notamment Gérard Longuet avec son bras d’honneur fait en direct sur Public Sénat, Frédéric Lefèbvre (pour toute son œuvre) ou encore Nadine Morano (pour les mêmes raisons).

Gilles Bourdouleix, député du Maine-et-Loire et maire de Cholet

Mais depuis hier, Gilles Bourdouleix est devenu un sérieux concurrent. En effet, le député-maire de Cholet (Maine-et-Loire) s’en est pris violemment aux Gens du voyage présents dans sa commune, lors d’une rencontre il y a quelques jours pour protester contre leur implantation et l’inaction de la préfecture. Accueilli par des saluts nazis et par des « Heil Hitler », notre cher édile a fini par se lâcher en déclarant « comme quoi, Hitler n’en a peut-être tué pas assez ».

La classe politique a bien évidemment condamné les propos de l’édile et l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) a d’ores et déjà annoncé son exclusion du parti. Une décision qui va de soi, tant les propos restent inacceptables mais reste à savoir si elle sera réellement appliquée sachant que les municipales approchent à grand pas et qu’il est fort à parier que Gilles Bourdouleix se représentera avec ou sans l’étiquette centriste d’ailleurs.

Car Bourdouleix sait qu’il peut compter sur son ancrage local et qu’il s’appuiera sur celui-ci pour conquérir un nouveau mandat à la tête de sa mairie. De fait, son dérapage n’est même pas un problème en soi, dans la mesure où cela lui rapporte politiquement parlant. A titre de comparaison, les propos et autres dérapages multiples de Georges Frêche – notamment sur les harkis ou bien encore la « tronche pas catholique » de Laurent Fabius – n’ont jamais empêché ce dernier à être réélu à la tête de la mairie de Montpellier puis à la présidence du Conseil régional de Languedoc-Roussillion, jusqu’à sa mort en 2010, dans la mesure où il avait le soutien sans faille de ses électeurs. A ce propos, l’annonce de son décès avait provoqué une large émotion dans sa ville auprès des habitants qui avaient oublié les dérapages de Frêche, du moins ne lui en tenaient plus rigueur. Qui plus est, il convient de rappeler que le Parti socialiste, même s’il avait fini par exclure l’ancien maire de Montpellier et tous ses proches, n’avait jamais véritablement cherché à le combattre électoralement parlant tant son influence et son poids politique étaient importants, notamment à l’intérieur même du PS.

Gilles Bourdouleix, en compagnie de Jean-Louis Borloo, député du Nord et président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI)

Aussi, exclure Bourdouleix de l’UDI n’a de sens que si dernier est sanctionné par les urnes, ce qui me semble d’ores et déjà un vœu pieu, vu le poids et l’influence politique de ce dernier dans sa région. Toujours est-il que ce nouveau dérapage est très symptomatique d’une droite et d’un centre républicains qui n’hésitent plus à faire dans l’injure et les déclarations chocs pour faire la différence, notamment auprès des électeurs. Certains à l’UMP (comme Brice Hortefeux ou récemment Christian Estrosi) nous avait déjà (malheureusement) habitués, ce qui n’était pas encore le cas de l’UDI de Jean-Louis Borloo, qui se veut un parti républicain, centriste mais avant humaniste et tolérant. Sans doute qu’il est temps pour cette formation de faire le ménage dans ses rangs, surtout quand on sait que Gilles Bourdouleix est un transfuge de l’UMP.

Comme quoi, la frontière entre la droite républicaine et l’extrême droite est encore plus poreuse qu’on ne l’avait imaginé.  

PS : pour le plaisir, la célèbre réplique de Lino Ventura ;)

About gilles