Le pétard de Justin Trudeau

Justin Trudeau, député libéral canadien depuis 2008, chef du Parti Libéral du Canada (PLC) depuis avril 2013

Justin Trudeau a avoué sans détour et sans se faire prier. Il a en effet confié avoir fumé du cannabis, notamment depuis qu’il est député à la Chambre canadienne des communes.

Les propos du patron du Parti libéral du Canada (PLC) sont surprenants et ont été rapidement commentés par la classe politique et certains analystes qui dénoncent ses contradictions pour ne pas dire son hypocrisie. En effet, en 2010, alors il était déjà député de Papineau (une circonscription de Montréal), Justin Trudeau s’était exprimé contre la dépénalisation du cannabis, une volte-face qui en dit long sur ses convictions et sa cohérence politique.

En avouant avoir fumé du cannabis alors qu’il est toujours député, Justin Trudeau fait en réalité un (savant) calcul politique : celui d’apparaitre comme un leader proche des Canadiens, de leurs préoccupations mais également de leur mode de vie. A ce titre, il joue à fond la carte de la transparence depuis son élection à la tête du PLC en avril dernier, en dévoilant son patrimoine et la totalité de ses revenues, histoire de paraitre bien sous tout rapport et d’être irréprochable notamment dans la perspective des prochaines élections fédérales.

Car de fait, ce qui intéresse Trudeau, c’est moins le fait de légaliser le cannabis mais d’élargir au maximum la base électorale du PLC, qui peine encore à remonter la pente depuis son éviction du pouvoir en mai 2006 et surtout sa défaite historique en mai 2011 face au gouvernement conservateur de Stephen Harper. En reconnaissant avoir fumé de la marijuana et en proposant sa dépénalisation, le chef libéral cherche à séduire une frange de l’électorat canadien favorable à cette proposition et qui serait déçu à la fois par le Parti conservateur canadien (PCC) mais également par le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair, la grande révélation du scrutin fédéral de 2011 mais qui peine réellement à jouer son rôle d’opposition officielle, son actuel chef n’ayant manifestement pas le même charisme que le regretté Jack Layton.

Aussi, en jouant la carte du cannabis, Trudeau veut se donner une image, celui d’un politicien en phase avec son temps et qui prend ses responsabilités, quitte à se montrer quelque peu cynique et versatile. Une manière également de mettre au pied du mur les autres chefs de parti et tout particulièrement le NPD qui devra se positionner sur la question du cannabis, si cela n’est pas déjà fait. A ce propos, Thomas Mulcair a confirmé qu’il avait déjà fumé de la marijuana bien qu’il n’ait pas précisé quand.

Car il ne faut pas non plus oublier que Justin Trudeau, en tant que chef du PLC, est (déjà) en campagne pour les élections fédérales prévues en octobre 2015, un scrutin dans lequel, les libéraux espèrent prendre leur revanche sur les néo-démocrates mais également et surtout les conservateurs, espérant ainsi mettre fin à neuf ans de gouvernement Harper dont quatre majoritaire. C’est tout le défi de Justin Trudeau qui marche sur les pas de son père, Pierre Elliot Trudeau, pour devenir le prochain Premier ministre du Canada, même si cela implique un gros calcul politique, tout en espérant une « clémence » de ses compatriotes. Un pari un peu risqué mais qui pourrait finalement fonctionner surtout si le jeune Trudeau escompte sur une usure du pouvoir de Stephen Harper.

PS : et pour finir, je n’ai pas pu m’empêcher de mettre en ligne cette vidéo de Justin Trudeau interrogé par Bernard Derome (l’équivalent de PPDA en France) lors de la soirée électorale de 2008 sur Radio-Canada. Un entretien assez instructif dans la mesure où Justin Trudeau semble utiliser les mêmes codes politiques que son père, mélange de cynisme et de malice sans oublier une langue de bois qu’il sait très bien manier (comme Derome lui fait habilement remarquer d’ailleurs). En clair, il marche vraiment sur les pas de son père ! ;)

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