Jeunes et (déjà) pressés ?

Razzye Hammadi, député socialiste de Seine-Saint-Denis (Bagnolet-Montreuil), candidat à l'investiture socialiste pour les élections municipales à Montreuil

Razzye Hammadi, député socialiste de Seine-Saint-Denis (Bagnolet-Montreuil), candidat à l’investiture socialiste pour les élections municipales à Montreuil

Il y a quelques jours, Razzye Hammadi, député de Seine-Saint-Denis annonçait sa candidature à la mairie de Montreuil dans le cadre de la désignation de la tête de liste qui dirigera le Parti socialiste (et ses alliés) pour la prochaine municipale. Quelques temps auparavant, Mathieu Hanotin, également député de Seine-Saint-Denis et vice-président du Conseil général, annonçait sa candidature à la mairie de Saint-Denis.

L’annonce n’était pas nouvelle en soi dans la mesure où c’était un secret de polichinelle et que les intentions des deux membres de la représentation nationale étaient déjà connues. Toutefois, si l’annonce de ces deux candidatures a été plutôt bien accueillie par certains, elle a en revanche suscité quelques interrogations légitimes et des grincements de dents, notamment à gauche et au Parti socialiste en particulier.

En se présentant à l’élection municipale, Razzye et Mathieu souhaitent offrir une nouvelle alternative politique aux majorités actuelles en place dans leurs villes respectives. A première vue, une telle intention est louable surtout quand on connait la situation politique de Montreuil et de Saint-Denis. Dans ces deux villes, un nouveau souffle est nécessaire afin de mener des projets plus ambitieux, en particulier à Montreuil où la gestion de Dominique Voynet, ancienne ministre écologiste et maire sortante est de plus en plus dénoncée.

Toutefois, les ambitions affichées et l’attitude plutôt décomplexée de ces deux jeunes députés pourraient être comprises comme une sorte d’arrogance, l’expression de deux jeunes ambitieux qui souhaitent aller plus vite que la musique et gravir les échelons très rapidement. Alors qu’ils viennent d’être élus députés dans la foulée de l’élection de François Hollande à la présidence de la République, il y a un an et demi, Razzye Hammadi et Mathieu Hanotin (respectivement 34 et 35 ans) s’imaginent ainsi maire de leurs villes respectives, ce qui est certes louable mais finalement assez contradictoire à l’heure où on parle de non-cumul des mandats et de moralisation de la vie politique, sans compter que le message politique risque bien d’être mal interprété au sein de la population.

Mathieu Hanotin, député de Seine-Saint-Denis (Saint-Denis nord-est, Villetaneuse, Pierrefitte) et vice-président du Conseil général

Mathieu Hanotin, député de Seine-Saint-Denis (Saint-Denis nord-est, Villetaneuse, Pierrefitte) et vice-président du Conseil général

De fait, la question n’est pas de savoir si Razzye Hammadi et Mathieu Hanotin sont légitimes pour se porter candidat à l’élection municipale mais plutôt de s’interroger sur l’utilité de leur candidature pour leurs villes respectives. Quels projets portent-ils pour Montreuil et Saint-Denis, deux villes importantes du département et quelle est leur vision d’ensemble à moyen ou long terme ? Comment imaginent-ils leurs communes au sein de la Seine-Saint-Denis ? Autant de questions auxquelles les deux élus devront y répondre rapidement et avec sérieux, ne serait-ce que pour faire taire certaines critiques.

Toujours est-il qu’en cas de victoire, les deux prétendants devront faire un choix qui va de soi : renoncer au mandat national pour se concentrer uniquement à leur mandat d’édile. En effet, quel est l’intérêt de se présenter à une élection locale si c’est finalement pour ne pas assurer sa fonction de maire, surtout quand on connait l’importance qu’attache les Français à cet élu de proximité ? Les deux jeunes et ambitieux députés en sont sans doute conscients et savent qu’ils devront trancher le moment venu, histoire surtout de ne pas donner l’impression que leur candidature municipale est une sorte de pari sur l’avenir, en espérant des jours meilleurs et peser ainsi sur la scène politique locale. Sans compter que la légitimité, la crédibilité et l’autorité politiques se gagne au bout du compte au fil des années, en clair après avoir fait ses preuves.

Dès lors, le pari de Razzye Hammadi et de Mathieu Hanotin est quelque peu gonflé à l’heure où les différents partis de gauche s’interrogent sur l’utilité ou non de mener des listes communes pour les municipales. Là où certains élus ont mis des années pour gagner en légitimité et prétendre de nouveaux mandats, l’ambition des deux parlementaires peut être assimilée à de l’inconscience comme à de l’audace politique. Tout dépendra de la manière dont ils sauront jouer leurs cartes et avancer leurs pions dans les semaines et mois à venir.