Le Front national est (toujours) un parti d’extrême droite

Marine-Le-Pen-front-nationalMarine Le Pen a prévenu : le Front national, le parti qu’elle dirige depuis janvier 2011, n’est pas un parti d’extrême droite et elle n’hésitera pas à poursuivre en justice quiconque continuera à le qualifier comme tel. Selon elle qualifier le FN de parti d’extrême droite est péjoratif dans la mesure où on enferme un mouvement qui se veut désormais nationaliste et patriote, au-delà du fameux clivage droite-gauche, un clivage qui a enfermé le parti fondé par Jean-Marie Le Pen pour mieux l’écarter.  

En rejetant le terme d’extrême-droite, l’actuelle députée européenne et conseillère municipale d’Hénin-Beaumont tente un nouveau coup dans sa stratégie de dédiabolisation de son parti : rendre son parti acceptable, fréquentable et surtout crédible à l’instar de la Ligue du nord ou bien encore du Mouvement social italien (MSI), le mouvement se réclamant initialement de Mussolini en Italie. Dans le cas de la Ligue du Nord, son alliance avec le Parti du peuple et de la Liberté, la formation de centre-droit de Silvio Berlusconi, lui a permis de corriger en partie cette image auprès d’une grande partie des Italiens. Une stratégie que Marine Le Pen veut reprendre à son compte notamment en attirant certains caciques et cadres de l’UMP de plus en plus tentés par le discours de la présidente du Front national en particulier dans le cadre des municipales.

Face à une opposition atone et en ordre dispersée, Marine Le Pen cherche par conséquent à avancer ses pions afin de rendre son parti plus crédible et légitime aux yeux des Français. D’ailleurs, la mise en avant de nouvelles figures et personnalités diverses telles que Marion Maréchal-Le Pen, Florian Philippot ou bien encore Robert Ménard et tout récemment Jean Roucas souligne clairement la nouvelle stratégie mise en place par le Front national et sa présidente. Une stratégie qui, à première vue, semble payante sans compter que le parti de Marine Le Pen cherche à gommer l’image sulfureuse cultivée et revendiquée par « Le Patriarche ».

Marine Le Pen en compagnie de Florian Philippot, vice-président du FN

Marine Le Pen en compagnie de Florian Philippot, vice-président du FN

En agissant de la sorte, Marine Le Pen cherche plutôt à être considérée comme une responsable politique défendant les intérêts de son pays en particulier vis-à-vis de la construction européenne, à l’instar d’un Philippe de Villiers ou bien encore d’un Nigel Farage au Royaume-Uni. Néanmoins, cette nouvelle guerre de sémantique cache assez mal certaines contradictions dans la stratégie de conquête menée par le Front national et sa présidente qui se veut un parti défendant la laïcité tout en mettant en cause l’islam et en s’appuyant sur les milieux intégristes catholiques, ou bien encore un parti qui joue allégrement sur la thématique du « tous pourris » (le fameux « UMPS ») tout en étant partie intégrante du système. Un Front national version Marine Le Pen qui fait un droit d’inventaire sur le Front national version Jean Marie Le Pen en dénonçant certains de ses propos sur la Seconde Guerre mondiale tout en restant silencieuse sur l’activité de certains mouvements d’extrême droite et/ou fascistes à l’échelle de l’UE tels le Vlaams Belang en Belgique ou bien encore Golden Dawn (Aube Dorée) en Grèce. Un parti enfin qui conspue l’UMP tout en lui faisant la cour afin de gagner en influence et en poids au sein de l’échiquier politique, ce qui suppose de rendre de plus en plus étanche la frontière morale entre le Front national et la droite classique, une frontière déjà bien poreuse.

Marine Le Pen, lors de l'Université d'été du FN, à Marseille, en septembre dernier

Marine Le Pen, lors de l’Université d’été du FN, à Marseille, en septembre dernier

Dès lors, derrière cette guerre sémantique, se cache un autre enjeu : l’attitude à adopter face à une Marine Le Pen bien plus cynique et vicieuse (politiquement j’entends !), ce qui suppose une nouvelle stratégie politique. Car il ne suffira plus de dénoncer le Front national comme un parti d’extrême-droite, il faut avoir le courage politique de l’affronter, ce qui suppose de débattre afin de mieux le renvoyer dans ses cordes. Toujours est-il qu’en jouant la carte de l’intimidation et sur les mots, Marine Le Pen cherche une fois encore à marquer les esprits et surtout les électeurs. Face à cela, il est sans doute que les partis traditionnels notamment (et surtout) l’UMP et le PS prennent (enfin) leurs responsabilités.