Léonarda ou la (curieuse mais cohérente) réaction d’Hollande

francois-hollande-afpCe samedi, François Hollande s’était exprimé depuis l’Elysée, sur ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Léonarda », du nom de cette adolescente kosovare de seize ans expulsée avec le reste de sa famille dans le cadre d’une procédure de reconduite à la frontière, lors d’une sortie scolaire. Le président de la République, tout en rappelant que la loi et la procédure d’expulsion avaient été respectées, avait voulu faire un geste en proposant à la jeune lycéenne de revenir faire ses études, sans ses parents cependant. Une main tendue immédiatement rejetée par l’intéressée et qui a suscité l’indignation au sein de la majorité comme de l’opposition pour des raisons totalement différentes au passage.

En s’exprimant depuis l’Elysée, François Hollande a fait un choix (très) curieux, celui d’entrer dans la mêlée et donc la polémique qui existe depuis quelques jours, suite à cette expulsion controversée. Face à un Premier ministre, Jean Marc Ayrault et un ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui s’affrontent, un Parti socialiste embarrassé et une opposition et une gauche de la gauche qui tirent tous azimuts, le chef de l’Etat a voulu manier la chèvre et le chou, histoire de satisfaire tout le monde comme au temps du Parti socialiste lorsqu’il en état premier secrétaire. Une stratégie peu probante dans la mesure où le compromis du président ne satisfait et surtout convainc personne.

Pourtant, en s’exprimant publiquement sur l’affaire, François Hollande a voulu, semble-t-il, faire preuve de bonne intention, histoire de se ménager et surtout ménager sa propre majorité très agitée depuis quelques semaines déjà. Face aux contradictions de la gauche sur la question de la sécurité et de l’immigration et face à ceux qui s’opposent entre humanisme et respect des principes et des valeurs républicaines, le président n’a voulu froisser personne, histoire de dire qu’il est non seulement au-dessus de tout cela, mais qu’il devait également rassembler les Français, au-delà des opinions et des humeurs des uns et des autres.

Or, en refusant de véritablement trancher et surtout de s’exprimer, le président de la République a pris le risque de s’exposer davantage au feu des critiques, donnant des arguments supplémentaires à ses détracteurs. Il refuse surtout de désavouer son Premier ministre comme son ministre de l’Intérieur, pièces maitresses de son gouvernement, confortant certains dans l’idée que François Hollande dirige la France comme il dirigeait le PS à l’époque et qu’il est donc dans l’incapacité de trancher.

La jeune Leonarda en compagnie de sa famille à Mitrovica (Kosovo) après son expulsion de France

La jeune Leonarda en compagnie de sa famille à Mitrovica (Kosovo) après son expulsion de France

Mais c’est oublier un peu vite, le caractère de François Hollande et aussi la position dans laquelle il se trouve, un président qui doit ménager une gauche mélenchoniste de plus en plus revancharde et vindicative et une aile gauche du PS de plus en plus rebelle (comme les Verts au passage) tout en contrant un Front national qui l’attendait au tournant et qui n’aurait pas manqué (comme l’UMP au passage) à le critiquer quelque soit sa décision ou sa non-décision. En clair, le chef de l’Etat, en raison de cette histoire kafkaienne et assez trouble, ne pouvait que sortir qu’abîmé de cette histoire, une absence de réaction ayant été bien plus préjudiciable à mon sens.

C’est donc avec toutes ces données en tête que le président de la République s’est risqué à un numéro d’équilibriste qui, il faut bien le reconnaître, ne lui a pas clairement réussi. De fait, le problème n’est pas tellement la réponse (insatisfaisante) de François Hollande dans la mesure où elle n’est que le fruit d’un débat toujours en cours au sein de la gauche et du Parti socialiste en particulier sur la question de l’immigration et du respect de l’ordre républicain. La droite française a réglé la question il y a des années, parfois avec brutalité comme le rappelle si tristement l’évacuation forcée de l’église Saint-Bernard occupée par des sans-papiers en 1996 ou bien encore récemment la politique répressive et discutable de Nicolas Sarkozy (ministre de l’Intérieur puis président de la République) en la matière. De ce fait, le Parti socialiste, plutôt que de faire dans la posture, devrait s’interroger à nouveau sur son rapport à l’ordre républicain et aux valeurs tout en y maintenant ses principes d’humanisme et de solidarité. Il pourrait à ce titre prendre exemple sur le Parti Québécois et sa fameuse Charte des valeurs qui certes réaffirme certains principes au sein du Québec, tout en s’avérant un formidable outil électoral pour le gouvernement indépendantiste de Pauline Marois notamment dans le cadre de plus en plus probable d’élections anticipées.

2 thoughts on “Léonarda ou la (curieuse mais cohérente) réaction d’Hollande

  1. 21 octobre 2013 at 11:39

    Tiens ! Ce blog n’a pas de version pour smartphone ?

    Ça ne m’a pas empêché de lire ce billet. Je vous beaucoup de blogueurs tenter une synthèse (dont moi). La tienne est réussie !

    1. gilles
      21 octobre 2013 at 5:09

      Ben non, ce blog n’a pas de version smartphone, je ne sais pas créer d’application, pour le moment :p