Le PRG, un confortable refuge pour socialistes fâchés

Samia Ghali, sénatrice PS des Bouches du Rhône, maire du huitième secteur de Marseille

Samia Ghali, sénatrice PS des Bouches du Rhône, maire du huitième secteur de Marseille

Samia Ghali laisse planer le doute. En effet, la sénatrice des Bouches du Rhône et maire du huitième secteur (XV° et XVI° arrondissements) de Marseille pourrait, selon la rumeur rejoindre finalement la liste conduite par le maire sortant du second secteur (II° et III° arrondissements) la radicale Lisette Narducci.

Une info que Samia Ghali n’a pas confirmée mais qui jette un peu le trouble. En effet, au lendemain de la primaire désignant la tête de liste socialiste pour les municipales à Marseille, celle qui avait créé la surprise au premier tour le 13 octobre dernier (éliminant au passage la ministre déléguée Marie-Arlette Carlotti) avant d’être finalement battue par le député Patrick Menucci, avait eu, le soir de sa défaite, des mots bien durs envers le Parti socialiste et sa direction, mais également envers le gouvernement et le président de la République, compliquant encore un peu plus une remise en ordre des troupes socialistes dans la bataille électorale à venir face au sénateur-maire UMP sortant, Jean-Claude Gaudin, très probable candidat.

Le possible départ de Samia Ghali pour le PRG s’inscrit dans une tendance qui s’intensifie depuis environ un an et demi : celle d’élus socialistes qui décident de claquer la porte du PS pour rejoindre le parti de Jean-Michel Baylet ou du moins s’en rapprocher. Olivier Falorni avait ouvert la voie en juin 2012 au lendemain des législatives suite à son exclusion du PS pour avoir maintenu sa candidature contre Ségolène Royal à La Rochelle, empêchant cette dernière au passage de remporter l’élection et occuper le Perchoir de l’Assemblée. Par la suite, d’autres ralliements se sont effectués à une échelle un peu plus locale comme dans le Puy de Dôme où le président du Conseil général, Jean-Yves Gouttebel, a rejoint les radicaux de gauche après une quarantaine d’années au PS au début de l’année 2013. Un peu plus tôt, c’est mon amie et ex-camarade Alda Pereira Lemaitre, conseillère municipale de Noisy-le-Sec, qui avait décidé de faire de même (suivie par une poignée de militants socialistes) et qui mène la liste PRG pour les municipales de mars prochain espérant reconquérir la ville qu’elle avait ravi en mars 2008 à la centriste Nicole Rivoire sous les couleurs socialistes.

Alda Pereira Lemaitre, maire PS de Noisy Le Sec depuis 2008 à 2010, conseillère PS puis PRG, tête de liste PRG pour les municipales de mars 2014

Alda Pereira Lemaitre, maire PS de Noisy Le Sec depuis 2008 à 2010, conseillère PS puis PRG, tête de liste PRG pour les municipales de mars 2014, lors de la conférence de presse de la Fédération de Seine-Saint-Denis en compagnie d’Ahmed Laouedj et de Dieunor Excellent, candidat PRG à Villetaneuse en juin 2013

Les raisons sont diverses et variées et elles s’expliquent la plupart du temps par l’expression d’un certain désaccord notamment avec la direction du PS et sa stratégie actuelle. Ainsi, à Noisy-le-Sec, Alda Pereira Lemaitre a rendu sa carte pour mieux dénoncer l’inertie de la section locale et son manque de sens politique mais également de solidarité à son égard, surtout depuis sa défaite à la municipale partielle de décembre 2010, provoquée par la démission en bloc des élus communistes et écologistes tandis qu’à Conflans-Saint-Honorine, le sénateur-maire Philippe Esnol exprime un désaccord de fond avec Harlem Désir dans le cadre l’affaire Léonarda.

Toujours est-il que ces transfuges sont utiles aussi bien pour le PRG que pour les intéressés eux-mêmes. Pour ces derniers, cela leur permet d’exister politiquement et de montrer qu’ils pèsent encore quelque chose, qu’ils suscitent de l’intérêt, pour les radicaux de gauche, cela leur permet d’exister également mais aussi rappeler qu’ils peuvent être utile, le parti manquant cruellement de notoriété et surtout de personnes charismatiques, capables de tenir la dragée haute au Parti socialiste et donc à lui tenir tête tout en lui restant loyal (financement des partis oblige, en partie) et ce n’est pas faire injure à Jean-Michel Baylet de le dire !

Jean-Michel Baylet, président du PRG, en compagnie d'Harlem Désir, premier secrétaire du PS, lors du congrès socialiste de Toulouse, le 27 octobre 2012

Jean-Michel Baylet, président du PRG, en compagnie d’Harlem Désir, premier secrétaire du PS, lors du congrès socialiste de Toulouse, le 27 octobre 2012

Dès lors, on comprend mieux ce regain d’intérêt pour le PRG même si bien évidemment toutes les situations de chacun sont différentes, même si un tel comportement renforce l’idée d’un opportunisme certain (aussi bien dans un sens positif comme péjoratif). Chacun est finalement gagnant dans l’histoire, surtout le Parti radical de gauche qui peut démontrer son utilité et même son attractivité et s’appuyer par la suite sur ces transfuges du PS pour tenter de progresser politiquement. A ce propos, la candidature d’Alda Pereira Lemaitre s’explique en grande partie par l’objectif clairement affiché par les radicaux de gauche de renforcer leur présence politique en Seine-Saint-Denis, un territoire certes à gauche mais historiquement communiste et désormais socialo-compatible, suite au labourage électoral de Claude Bartolone et au travail de sape entrepris à l’encontre du Front de gauche.

Aussi, un probable ralliement de Samia Ghali au PRG ne ferait que confirmer la tendance sans autant l’amplifier, dans la mesure où les élus qui quittent le PS s’assurent d’obtenir des garanties politiques au sein du mouvement de Jean-Michel Baylet, ce qui n’est pas encore le cas de l’actuelle sénatrice-maire du huitième secteur de Marseille… sauf si bien sûr, les négociations avec le PRG s’avèrent concluantes, à l’instar des autres élus précités. Reste encore à savoir si l’élue marseillaise exécutera sa menace ou bien parviendra à un juteux compromis avec la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, histoire de tourner plus ou moins définitivement la page d’une primaire à demi-teinte.