La (juste) bataille de l’écotaxe

Manifestants contre l'écotaxe à Pont-de-Buis dans le Finistère

Manifestants contre l’écotaxe à Pont-de-Buis dans le Finistère

Ce week-end, les agriculteurs bretons se sont rebiffés avec force pour protester contre l’écotaxe qui devrait entrer en vigueur au premier janvier 2014.

Pour rappel, l’écotaxe consiste à faire payer aux transporteurs un impôt visant à l’entretien des routes principales (nationales, autoroutes…) tout en les encourageant à utiliser des moyens alternatifs comme le ferroutage ou bien encore la voie maritime. Une mesure qui se veut donc écologique et qui suscite la colère des agriculteurs et exploitants bretons qui s’estiment déjà bien acculés.

En effet, la Bretagne connait une situation économique pour le moins compliquée depuis plusieurs années, la fermeture récente d’usines confirmant nettement la tendance. L’écotaxe est devenue la goutte d’eau qui fait déborder le vase et un prétexte pour nombre d’exploitants et d’entreprises qui veulent en profiter pour exprimer un ras-le-bol fiscal cyniquement entretenu et relayé par l’opposition. Face aux positions du gouvernement Ayrault, les manifestants bretons, arborant un bonnet rouge, se veulent le symbole d’une France compressée et qui coule sous les taxes et autres impôts pour renflouer les caisses de l’Etat.

Or, il convient de rappeler plusieurs éléments comme celui que l’écotaxe n’est que la conséquence du Grenelle de l’Environnement mis en place sous le précédent quinquennat et fortement soutenu par la majorité d’alors. En d’autres termes, c’est bien l’UMP qui est à l’origine de ce nouvel impôt, un impôt qui devient néanmoins suspect depuis qu’elle est dans l’opposition! Même si c’est de bonne guerre, cela en dit long sur la notion d’intérêt général et l’attitude clairement irresponsable de l’ancienne majorité qui tente de souffler sur les braises de la contestation actuelle.

Qui plus est, face à la situation dramatique que connait la Bretagne depuis plusieurs années, plusieurs mesures ont été adoptées par le gouvernement actuel afin d’apaiser le coût de ce nouvel impôt pour les agriculteurs au risque de provoquer un manque à gagner pour l’Etat. A ce titre d’exemple, la Route nationale 164 qui relie Rennes à Brest (sur plus de 200 kms) n’est pas concernée par l’écotaxe sans oublier la ligne à grande vitesse Le Mans – Rennes (avec extension à Brest) en projet et ce lundi, Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture doit formuler de nouvelles propositions, dans l’espoir de calmer les esprits.

Sthéphane Le Foll, actuel ministre de l'Agriculture

Sthéphane Le Foll, actuel ministre de l’Agriculture

Car si la colère des agriculteurs reste compréhensible, il n’en demeure pas moins qu’elle pose une question de fond : quel modèle de production voulons-nous pour les vingt ou trente prochaines années ? Comme le résume si bien Pascal Riché, ancien journaliste de Libération et fondateur de Rue89, l’écotaxe est un « impôt intelligent » dans le sens où elle oblige les exploitants à revoir un modèle productiviste peu respectueux de l’environnement et surtout inefficace, un modèle qui reste néanmoins défendu par la Fédération nationale des syndicats exploitants agricoles (FNSEA, classé à droite) au nom de la rentabilité. Autrement dit, en mettant les agriculteurs face à leurs responsabilités, ces derniers n’ont pas d’autres solutions que de repenser leur logique productiviste, industrielle et économique au nom d’une meilleure considération de l’environnement.

2191518_portique-2

Dès lors, les exploitants agricoles en colère ce week-end se trompent de combat et refusent de se poser les bonnes questions en s’attaquant une fois encore au gouvernement qui ne doit pas céder sur la question tout en prenant en compte les craintes des agriculteurs bretons. Comme l’explique si bien Pascal Riché, « La Bretagne connait actuellement une crise difficile, mais celle-ci n’est pas liée à l’écotaxe. Elle est liée aux problèmes de Doux, de Tilly Sabco, de Gad, ou de PSA. » L’écotaxe doit, à ce titre, permettre une meilleure vie pour tous, ce qui suppose de casser certaines idées et principes, ce qui suppose un fort soutien des Ecologistes et de la Gauche au gouvernement qui doit maintenir le principe de cette taxe.

Or, le silence d’Europe Ecologie – Les Verts et l’attitude du Front de gauche sont quelques peu révélateurs !

About gilles