Au Nord, rien de nouveau (ou presque) !

Bart de Wever, bourgmestre d'Anvers et leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (Nouvelle alliance flamande)

Bart de Wever, bourgmestre d’Anvers et leader de la Nieuwe Vlaams Alliantie (Nouvelle alliance flamande)

La Nieuwe Vlaams Alliantie et son leader, Bart de Wever, a présenté ce mercredi 30 octobre, son programme pour les élections régionales et fédérales belges de mai 2014. Un programme dans lequel, le parti nationaliste flamand réaffirme de sa volonté de démanteler la Belgique, étape nécessaire avant toute scission et indépendance de la Flandre.

Parmi les mesures phares mises en avant durant la conférence de presse, la suppression du poste de Premier ministre (belge) (au profit des ministres-présidents wallon, bruxellois, et flamand, un point qu’il a finalement démenti), la quasi-totalité des transferts de compétences de l’Etat fédéral aux communautés et régions, la réduction des pouvoirs de la famille royale, limitée à un rôle purement protocole, et l’obligation pour les Bruxellois de choisir (fiscalement parlant) entre la Flandre et la Wallonie. La Belgique demeurerait malgré tout mais ne deviendrait qu’une grosse coquille vide dans laquelle Wallons et Flamands auraient encore quelques compétences communes telles l’asile, la défense, la nationalité (sic) ou bien encore le démantèlement de la dette publique fédérale.

En présentant son programme, Bart de Wever et son parti ne proposent rien de nouveau, bien au contraire ! La N-VA rappelle qu’il reste un parti nationaliste, indépendantiste et qui a inscrit dans ses statuts, l’indépendance de la Flandre. Qui plus est, c’est une nouvelle occasion pour le bourgmestre (maire) d’Antwerpen (Anvers) de livrer sa vision de la Belgique à moyen long terme en mettant en avant sa théorie de « révolution copernicienne » qui lui tient tant à coeur, même s’il est conscient du fait que ses propositions feront hurler du côté des Belges francophones (surtout).

Toutefois, il n’en demeure pas moins que Bart de Wever cherche, via son projet quelque peu imbuvable et difficilement réaliste, à reprendre la main et à rester dans le centre du jeu politique dans l’optique des élections de 2014. Alors que la N-VA semblait intouchable, il y a encore un an, cette dernière connait une baisse de régime (à défaut d’une perte de vitesse) entre les déclarations cafouilleuses de certains de ses élus à propos du drapeau flamand, les tergiversations de son leader à propos de la Joyeuse entrée du nouveau couple royal à Anvers ou bien encore les déclarations de ce même Bart de Wever à propos de l’indépendance de la Flandre dans il reconnait à demi-mots qu’elle ne sera pas pour demain, mais qu’en attendant, il se déclare prêt à participer à un gouvernement fédéral (excluant bien évidemment les socialistes d’Elio di Rupo)… A cela s’ajoute le parcours brillant de l’équipe belge de football qualifiée pour le mondial brésilien et la bonne tenue d’Elio di Rupo, l’actuel premier ministre francophone, dans les sondages et on a une Nieuwe Vlaams Alliantie qui se sent vulnérable comme l’indique clairement ces mêmes sondages.

Caricature de Pierre Kroll parue dans Le Soir, en septembre 2012

Caricature de Pierre Kroll parue dans Le Soir, en septembre 2012

Dès lors, il parait électoralement important pour le bourgmestre nationaliste de renouer avec son électorat traditionnel (cette frange dure de l’électorat flamand qui rêve du grand soir de l’indépendance) en tentant de le rassurer pour mieux le mobiliser quitte à mettre en avant un programme (du moins un projet) dont on sait qu’il sera bien difficile à mettre en oeuvre, ne serait-ce qu’en raison de l’opposition à venir des Wallons et surtout des Bruxellois, véritablement mis au pied dans les propositions de la N-VA. Bart de Wever sait qu’il a besoin d’une certaine radicalité s’il veut jouer un rôle de premier plan dans les négociations à venir pour former un nouveau gouvernement, lui qui avait raté une occasion historique il y a trois ans, en dépit de sa victoire nette et sans bavure aux précédentes élections législatives, car n’ayant pas profité de la situation et laissant les Francophones, rassemblées derrière le président du Parti socialiste de l’époque, reprendre leur esprit et fixer une autre stratégie.

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Néanmoins, il est bon à rappeler que la N-VA reste électoralement forte et que son leader reste populaire en Flandre, une donnée que les autres familles politiques francophones comme néerlandophones devront prendre en compte dans leur stratégie électorale tout en se démarquant au possible des nationalistes flamands. De fait, tout va dépendre de la coalition de centre-gauche (qui comprend les socialistes, les sociaux-chrétiens et les libéraux) de défendre non seulement son bilan mais également de proposer un nouveau projet pour la Belgique, susceptible de séduire l’électeur flamand. Tout un programme !

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