« Besoin d’Europe » ou le romantisme dépassé de l’UDI

IMG_4220Il y a quelques jours près de la gare de Pantin où j’allais prendre mon RER. Je tombe sur une affiche réalisée (dans le cadre d’une campagne d’adhésion) par l’Union des démocrates et indépendants (UDI), le (nouveau) parti de Jean-Louis Borloo et qui rappelle l’attachement de ce dernier pour la construction européenne dans la perspective des élections européennes de mai 2014.

C’est la première fois (à ma connaissance) que le parti centriste réalise une affiche à quelques mois des élections européennes et c’est le seul parti qui évoque implicitement un tel scrutin à l’heure où les autres familles politiques sont  obnubilées par les élections municipales de mars prochain, et jugées à très haut risque pour le gouvernement et la majorité. Il est toujours bon de rappeler que l’Europe reste un sujet majeur, surtout dans le contexte actuel et que ces élections méritent d’être prises en considération tout autant que les municipales. En effet, hormis les partis eurosceptiques, personne ne parle (pour le moment) véritablement des Européennes alors que nombre de nos compatriotes s’interrogent de plus en plus sur les bienfaits de la construction européenne pour leur vie quotidienne.

Dès lors, l’initiative de l’UDI reste la bienvenue et mérite d’être saluée surtout quand on constate le silence radio des autres partis. Toutefois, en mettant en avant une photo illustrant la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989 et en titrant comme simple question « Besoin d’Europe », le parti de Jean-Louis Borloo s’inscrit dans une sorte de romantisme, dans lequel, l’Europe c’est avant tout des instants, des séquences historiques et qu’elle se base sur ces instants pour montrer sa légitimité. Pour les centristes, le Mur de Berlin semble être le symbole de la construction européenne, le rappel d’une Europe qui a réalisé quelque chose de concret et qui parle à bon nombre d’entre nous et tout particulièrement à une génération qui a connu la Seconde Guerre mondiale et la division de l’Europe en deux blocs.

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Or, ce romantisme est quelque peu dépassé dans la mesure où l’UDI donne l’impression qu’elle ne se tourne pas vers l’avenir mais plutôt vers le passé pour légitimer et donner une meilleure image de l’Union européenne et la construction européenne notamment envers nos concitoyens, bien qu’il soit nécessaire de rappeler une de ses raisons d’être de l’Europe, à savoir la constitution d’un projet et d’un avenir commun centrés sur une paix perpétuelle. Toutefois, dans le contexte de défiance actuel, les partis politiques (nationaux comme européens) doivent aller au-delà de ce prisme romantique, dans la mesure où la paix est désormais considérée comme un acquis en particulier vis-à-vis d’une génération qui est née juste après la chute du Mur de Berlin et qui donc n’a pas connu la Guerre froide mais plutôt la monnaie unique, Schengen ou bien encore ERASMUS. Or, cette génération se sent de plus en plus exclue de cette construction européenne, ce qui se traduit par une abstention record aux élections européennes.

Jean-Louis Borloo, ancien ministre et président de l'UDI, en compagnie de Guy Verhofstadt, ancien premier ministre de Belgique et président du groupe ALDE (libéraux et démocrates) au Parlement européen en octobre 2012 lors du congrès fondateur de l'UDI

Jean-Louis Borloo, ancien ministre et président de l’UDI, en compagnie de Guy Verhofstadt, ancien premier ministre de Belgique et président du groupe ALDE (libéraux et démocrates) au Parlement européen en octobre 2012 lors du congrès fondateur de l’UDI

Aussi, bien que l’initiative de l’UDI soit louable (dans un contexte où la campagne des Européennes n’existe pratiquement pas tout simplement), elle est malheureusement contre-productive dans la mesure où le parti de Jean-Louis Borloo se trompe de cible et s’inscrit dans un romantisme dépassé. De fait, les élections de mai prochain doivent être l’occasion pour les partis politiques nationaux d’européaniser enfin les élections européennes en se tournant vers un public-cible, ce qui suppose au préalable que non seulement ces partis parlent d’Europe (et ne s’en servent pas pour louer ou conspuer la politique nationale) et que les partis européens jouent (enfin) un rôle prépondérant en étant chef de file. En effet, on réclame de la construction européenne et de ceux qui sont censés l’incarner, un projet et une vision ambitieuse et (donc) une feuille de route claire et précise pour les années à venir, ce qui suppose que chacun se positionne clairement sur l’avenir de l’UE. Dans le débat qui s’annonce, la question n’est pas tellement de savoir s’il faut plus ou moins d’Europe mais plutôt quelle vision nous avons pour la construction européenne, quelle direction nous voulons prendre.

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