Le Modem est mort, vive l’UDI !

Jean-Louis Borloo, président de l'UDI et François Bayrou, président du Modem

Jean-Louis Borloo, président de l’UDI et François Bayrou, président du Modem

C’est un par tweet que François Bayrou et Jean-Louis Borloo ont officialisé le rapprochement de deux partis dans la perspective des élections municipales des 23 et 30 mars prochains. Selon les villes, le Mouvement démocrate (Modem) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI) devraient faire liste commune ou bien encore se soutenir mutuellement afin de remporter un grand nombre de municipalités.

Ce rapprochement, opéré de longue date, marque une première étape vers la réunification du centre après sa scission en 2002 (lorsqu’une partie non négligeable d’élus et de militants de l’UDF a décidé de rejoindre l’UMP) et en 2007. A cette date, certains cadres de l’UDF (parmi lesquels Hervé Morin, Maurice Leroy ou bien encore Jean-Christophe Lagarde) avaient rallié Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, désavouant au passage la stratégie de François Bayrou qui, fort de ses 18% au premier tour, voulait inscrire son parti dans une ligne indépendante, croyant que son heure était (enfin) arrivée.

Une stratégie qui aurait pu s’avérer payante si seulement le Modem n’avait pas été victime des mauvais choix et surtout du caractère de son leader, incapable de jouer collectif et surtout du moindre compromis, empêchant véritablement à son parti de proposer l’alternative, la nouvelle offre politique qu’elle était censée proposer en France. Dès son officialisation, en novembre 2007, le Mouvement démocrate a été vu comme un parti créé par Bayrou, pensé pour Bayrou et au service (quasi-exclusif) de Bayrou, empêchant certaines autres personnalités de jouer un rôle majeur dans l’éclosion de parti, ce qui a eu une incidence sur le plan électoral et explique en grande partie les échecs successifs de son leader.

François Bayrou, lors de l'annonce de la création du Mouvement démocrate, le 18 mai 2007, au Zénith de Paris

François Bayrou, lors de l’annonce de la création du Mouvement démocrate, le 18 mai 2007, au Zénith de Paris

Car le Modem connait une dépression électorale depuis ses origines, dépassant très rarement la barre des 10% des voix toutes élections confondues. En 2012, François Bayrou a vu son score divisé par deux lors du premier tour de la présidentielle en ne recueillant que 9,11% des suffrages, renforçant ainsi sa marginalisation. Pire, et en dépit de son soutien à François Hollande au second tour de cette même présidentielle, il fut battu lors des élections législatives perdant ainsi son siège de député des Pyrénées-Atlantiques et surtout l’assise politique qui lui permettait d’exister au moins sur le plan national. Depuis lors, le Modem se marginalise de plus en plus sur la scène nationale alors que durant ce temps, l’UDI de Jean-Louis Borloo arrive à tirer son épingle du jeu, en dépit du fait que le Parti radical valoisien et le Nouveau Centre aient participé aux gouvernements successifs de François Fillon durant la présidence de Nicolas Sarkozy.

Ce qui explique sans doute les raisons qui ont finalement poussé François Bayrou à sceller le sort de son parti à celui de l’UDI quitte à renier sa stratégie et surtout sa conviction quant à l’idée de faire émerger un centre indépendant, soucieux de l’intérêt général et s’affranchissant du clivage droite/gauche qu’il juge pourtant obsolète. Un rapprochement qui signe d’une certaine manière la mort du Mouvement démocrate, du moins de la stratégie que son leader a voulu mettre en avant au lendemain de la campagne présidentielle de 2007. Un rapprochement qui profite très largement à l’UDI dans la mesure où certains tels Hervé Morin ou bien encore Jean-Christophe Lagarde peuvent se frotter les mains et mieux remettre en question le positionnement politique de leur ex-leader, François Bayrou. Comme si le centrisme en France ne pouvait d’être arrimée à la droite républicaine et non se comporter en tant que force indépendante, institutions de la V° République et mode de scrutin (avec son jeu d’alliances) obligent.

François Bayrou et Jean-Louis Borloo lors de l'hommage rendu à Pierre Mauroy, à la Cour ds Invalides en juin dernier

François Bayrou et Jean-Louis Borloo lors de l’hommage rendu à Pierre Mauroy, à la Cour ds Invalides en juin dernier

En officialisant les fiançailles, François Bayrou compte sauver le Modem du naufrage et par extension sa carrière politique, quitte à donner raison à Jean-Louis Borloo et à sa stratégie actuelle. Le leader de l’UDI le sait, lui qui parait comme le grand vainqueur du rapprochement du centre, reste à savoir si ce dernier saura montrer sa spécificité notamment par rapport à l’UMP, ce dont on peut en douter. Sans compter qu’une guerre des chefs n’est pas  à exclure, car il est inimaginable que François Bayrou se contente de jouer les seconds couteaux face à Jean-Louis Borloo.

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