La vraie-fausse transparence de Denis Coderre

Je vais vous faire un aveu, je l’aime bien Denis Coderre !

Bien sur, pour quelqu’un qui vit de « l’autre côté du boulevard » comme le disent les Québécois, ce sont des propos un peu faciles. Je ne connais que partiellement ce politicien qui fait loin de faire l’unanimité et qui traine pas mal de casseroles. Et accessoirement, il est quasiment inconnu en France, ce qui risque peut-être de changer (un peu)

Denis Coderre, ancien ministre et député canadien, nouveau maire de Montréal

Denis Coderre, ancien ministre et député canadien, nouveau maire de Montréal

L’ancien ministre libéral canadien a en effet remporté (de jutesse) les élections municipales de Montréal en obtenant près de 30% des voix face à ses principaux rivaux. Le bouillant et jovial ex-député fédéral succède donc à Gérald Tremblay (contraint à la démission), Michael Appelbaum (démissionnaire également) et Laurent Blanchard (qui a assuré l’intérim). Il aura la lourde tâche de relancer l’attractivité de la grande métropole et surtout de donner un nouvel élan à l’île après plusieurs affaires de corruption et autres magouilles qui ont entaché la municipalité.

Vu de l’extérieur, Denis Coderre se présente comme un homme sympa, drôle, qui n’hésite pas à faire de l’autodérision pour paraître plus populaire. C’est ainsi que j’en ai découvert davantage sur lui, un soir de janvier 2013 en regardant « En direct de l’Univers » sur Radio-Canada (via TV5 Monde). L’homme est un grand supporter des Canadiens de Montréal (ils sont au hockey, ce que le PSG est actuellement au foot français) et il m’avait plutôt séduit, tant il semblait à l’aise dans un exercice dans lequel, on dévoile ctains aspects de sa vie via des chansons qui ont marqué notre existence.

Toutefois, si Coderre montre une certaine décontraction et transparence côté vie privée, ce n’est pas tellement le cas, politiquement, ce que du moins certains de ses détracteurs lui reprochent. Ainsi, le journaliste Pascal Lagacé dans « La Presse » lui reproche un double-discours ou plutôt un flou plus ou moins effarant notamment en ce qui concerne sa politique pour Montréal et les Montréalais. Un point de vue que partage facilement mon ami bloggeur David Charlier qui, actuellement présent à Montréal, a suivi la campagne d’un peu plus près et l’a relaté sur son blog. L’homme a, sans doute, l’art de la formule et des petites phrases, sans compter qu’il a bonne presse auprès de ses concitoyens, ce qui a suffi pour remporter la mairie. Qui plus est, quelques zones d’ombres subsistent concernant notamment le financement de sa campagne victorieuse et la liste des donateurs qu’il a eu tant de mal à rendre publique, sans compter qu’elle demeure incomplète pour nombre d’observateurs, ce qui fait un peu désordre quand on se présenter comme quelqu’un de transparent justement aux yeux des Montréalaises et des Montréalais !

Mélanie Joly, tête de liste "Le vrai changement pour Montréal"

Mélanie Joly, tête de liste « Le vrai changement pour Montréal »

Il faut dire que Denis Coderre n’a pas pris tellement de risques en lançant sa campagne dans la mesure où ses principaux rivaux étaient plutôt faibles politiquement en raison d’un faible poids politique ou un manque de notoriété. Malgré tout, ce dernier point n’a pas empêché Mélanie Joly, une illustre inconnue, d’engranger des soutiens et surtout des voix en terme de préférence, faisant d’elle, une des révélations de ce scrutin, ce qui lui permet au passage un bel avenir politique.

Dès lors, Denis Coderre a davantage gagné sans trop forcer qu’en ayant bataillé ferme pour conquérir un fauteuil, qu’il savait acquis, surtout que dans le cas contraire, il n’aurait jamais pris le risque de renoncer à son siège de député fédéral si âprement acquis, si je me réfère à son parcours politique, pas toujours exemplaire si j’en crois quelques propos malheureux notamment lors des élections législatives de 1993 face au candidat péquiste Osvaldo Nunez. Qui plus est, l’homme passe pour un fervent fédéraliste, ce qui irrite déjà plus d’un souverainiste au Québec !

Profitant (ou plutôt héritant) d’une situation chaotique suite à la démission contrainte de Gérald Tremblay et d’une campagne à sens unique (c’est-à-dire sans adversaire d’envergure), Denis Coderre a désormais les clés de Montréal et a la lourde tâche de redresser la ville en faisant preuve de transparence. Il a quatre ans pour le faire (ce qui est court) et sait pertinemment qu’il ne suffira pas de passer devant France Beaudoin (la présentatrice d’En direct de l’Univers), d’assister à un match des Canadiens de Montréal ou bien encore de serrer des mains et boire des chopes de bière pour gagner en popularité et en résultat. Après deux années plutôt mouvementées politiquement parlant, les Montréalais l’attendent résolument au tournant.

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