La transparence (et le courage) d’une ministre

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille

Dominique Bertinotti a récemment révélé qu’elle souffrait d’un cancer.

Une annonce qui, évidemment, n’est pas passée inaperçue dans le monde politique, chacun saluant le courage et la volonté de transparence de la ministre déléguée à la famille. Une maladie que cette dernière avait gardé secret durant de long mois, très peu de personnes ayant été mis au courant, exception faite du président de la République et de quelques collaborateurs.

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable politique parle publiquement de son état de santé, sans doute par souci d’honnêteté envers ses concitoyens. Ainsi, sur ce blog, j’avais régulièrement évoqué le cas de Jack Layton, le leader du Nouveau Parti démocratique et chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes canadienne qui avait lui aussi révélé un cancer en 2011 avant d’être finalement emporté par la maladie en août de la même année. A sa mort, de nombreux Canadiens lui avait rendu hommage et toute la classe politique (des conservateurs aux libéraux en passant par les souverainistes québécois) avait souligné son combat digne et fort face à la maladie.

Certains se sont étonnés, pour ne pas dire exprimé une gêne certaine à l’annonce par Dominique Bertinotti de sa maladie, considérant que la santé est une affaire privée (d’autant plus pour un politique) et qu’il convient de garder cela pour soi, de ne pas en faire étalage. Un raisonnement qui se tient mais avec lequel je suis en désaccord dans la mesure où pour certains patients, ne rien dire est tout aussi préjudiciable que la maladie en elle-même. A ce titre, j’ai dans mon entourage une de mes proches amies qui est actuellement atteinte d’un cancer et qui a fait le choix de ne pas le cacher. Une attitude qui peut être difficile à comprendre mais qui, au compte, n’est que salutaire dans la mesure où mon amie a voulu donner un nom au mal qu’il l’atteint, histoire sans doute de mieux le combattre et de ne pas se laisser dominer par sa maladie aussi bien physiquement que mentalement.

C’est sans doute pour cette raison que Dominique Bertinotti a décidé de révéler son cancer, histoire de dire qu’en dépit de son statut de ministre, elle n’en reste pas moins une femme, une femme qui se bat dignement contre la maladie, une manière également de dire à celles et ceux qui sont atteints d’un cancer que le temps ne s’arrête pour autant même s’il s’agit bien évidemment d’une course contre la montre, une course qu’on n’est pas sur de remporter mais qui vaut la peine de mener. Dès lors, on ne peut comprendre la démarche de la ministre déléguée que sous cet angle, sans compter qu’à aucun moment elle ne cherche la compassion.

Patrick Roy (1957 - 2011), député du Nord à son retour à l'Assemblée en mars 2011

Patrick Roy (1957 – 2011), député du Nord à son retour à l’Assemblée en mars 2011

Dès lors, cela rappelle une chose : que nos hommes et femmes politiques restent avant tout des hommes et femmes comme vous et moi qui connaissent des épreuves de la vie, plus ou moins faciles. Pour ma part, je ne peux avoir qu’un respect profond pour une femme qui a décidé de briser un tabou, celui du cancer, comme l’avait fait avant lui Jack Layton mais également chez nous, Patrick Roy, l’ancien député du Nord, mort d’un cancer il y a plus de deux ans et qui avait eu le courage de revenir à l’Assemblée nationale pour reprendre ses activités de parlementaire. Il montre également une tendance, celle d’une certaine transparence face à une opinion publique qui a le droit de savoir tout en devant respecter le souhait des individus de révéler ou non leur état de santé.

Aussi, je souhaite à madame le ministre de trouver toute la force nécessaire pour faire face à sa maladie en espérant que son témoignage donne un signal positif à celles et ceux qui doivent faire face à la maladie et qu’ils le font avec panache et dignité.