Un coup de théâtre qui profite à qui ?

Dominique Voynet, ancienne ministre de l'Environnement et actuelle maire de Montreuil, en fonction depuis 2008

Dominique Voynet, ancienne ministre de l’Environnement et actuelle maire de Montreuil, en fonction depuis 2008

C’est le premier coup de théâtre des municipales. Dominique Voynet, ancienne sénatrice de Seine-Saint-Denis et maire écologiste de Montreuil a annoncé, hier, qu’elle ne briguerait pas un nouveau mandat à l’Hôtel de ville en mars prochain.

Dénonçant un climat délétère en général et dans sa ville en particulier, l’ancienne ministre de l’écologie sous le gouvernement Jospin de 1997 à 2001 et candidate à la présidentielle en 1995 et 2007, a décidé de jeter l’éponge tout en assurant qu’elle remplirait ses responsabilités jusqu’en mars prochain.

Dominique Voynet s’apprête donc à céder son fauteuil de maire après l’avoir durement conquis en mars 2008 face au sortant et ex-député communiste Jean-Pierre Brard, grande figure politique de la ville. A la tête d’une coalition rassemblant écologistes et les socialistes dissidents de Mouna Viprey, elle était parvenue à s’imposer dans la seconde ville de Seine-Saint-Denis contre toute attente mettant fin à vingt-quatre ans de pouvoir communiste quasiment sans partage, ouvrant le champ des possibles et l’espoir d’un nouveau souffle pour Montreuil et les Montreuillois.

Or cet espoir fut rapidement douché la majorité réunie autour de Voynet ne cessant de se déchirer et dans laquelle certains, menés par Mouna Viprey, ont décidé de siéger dans l’opposition, renforçant l’instabilité politique de la ville. Et même si Montreuil n’a pas connu le sort de Noisy-le-Sec (à savoir des municipales partielles) en raison du maintien d’une majorité autour de la maire et de la quasi-absence de la droite, il n’en demeure pas moins que Voynet n’a cessé d’être contestée chez de nombreux Montreuillois au point qu’une réélection semblait de moins en moins probable.

C’est sans doute cette éventualité qui a poussé Dominique Voynet à jeter l’éponge même si bien évidemment, elle s’en défend. Toujours est-il que le retrait surprise de l’édile écologiste rabat inévitablement les cartes à Montreuil entre les autres prétendants à la mairie, à savoir Jean-Pierre Brard, qui rêve de prendre sa revanche, Mouna Viprey et Razzye Hammadi, ancien président du Mouvement des jeunes socialistes et député de la septième circonscription dans la mesure où ces trois-là concentraient en grande partie leur campagne en attaquant Voynet tous azimuts. Or là, ils devront plancher sur un projet et présenter leur vision de Montreuil, ce qui suppose de la hauteur et surtout une certaine ambition, mais également une certaine disponibilité pendant et bien sûr, après la campagne. Une remarque qui vaut tout particulièrement pour Razzye Hammadi, dont j’avais déjà exprimé mes réserves concernant sa candidature (quasi-acquise) à la mairie de Montreuil alors qu’il est (à peine) membre de la représentation nationale et ce, au moment même où l’Assemblée est en train de voter la loi relative au non-cumul des mandats.

Jean-Pierre Brard, maire PCF de Montreuil de 1984 à 2008, député de 1988 à 2012

Jean-Pierre Brard, maire PCF de Montreuil de 1984 à 2008, député de 1988 à 2012

Reste à savoir à qui ce coup de théâtre va profiter à terme et tout laisse porter à croire qu’il profitera à Jean-Pierre Brard. L’homme dont les relations avec le Parti communiste français sont quelques peu complexes, va probablement mettre en avant son expérience, son poids politique et surtout son réseau afin de renforcer sa crédibilité en dépit de son âge. L’homme le sait, nombre de Montreuillois ont été refroidis par le caractère pète-sec de Dominique Voynet et sa gestion de la ville et sans doute que certains d’entre eux seront tentés par la sécurité et l’image d’un homme qui pourra même se targuer d’être libéré de tout autre mandat et qui pourra mieux se démarquer par rapport à une Mouna Viprey qui a contribué à la victoire de Voynet en 2008 et à un Razzye Hammadi dont certains n’apprécient pas trop ses ambitions clairement affichées.

A moins que la droite mette tout le monde d’accord, ce qui me semble bien peu probable en raison du très faible poids politique de celle-ci dans la ville (sauf si elle tire son épingle du jeu en profitant de la querelle de clochers à gauche)