« On nous cache tout, on nous dit rien » (ou le syndrome Mitterrand)

dans-une-interview-mardi-a-liberation-christianeFrance Info avait sincèrement cru détenir un scoop hier matin en révélant l’intervention chirurgicale du président de la République, opéré de la prostate en février 2011, soit un mois avant sa déclaration comme candidat aux primaires socialistes.

Les réactions n’avaient d’ailleurs pas tardé, certains analystes et chroniqueurs politiques s’interrogeant sur ce qu’ils considèrent (déjà) comme un mystère. Selon eux, François Hollande a subi une intervention, il n’a donc pas tout dit et les Français que nous sommes méritent des explications. Des explications qui n’ont pas trainé puisque le soir-même puisque l’Elysée, à travers, un communiqué a bien confirmé que le chef de l’Etat avait été opéré de la prostate mais que l’opération était tout à fait normale, et qu’il n’avait pas lieu à communiquer, fermez le ban !

La santé du président de la République française a toujours été un sujet sensible notamment depuis Georges Pompidou qui, en dépit de l’évidence, avait réussi à dissimuler son cancer du sang aux Français (prétextant une grippe à répétition) jusqu’à sa mort brutale, le 2 avril 1974. Puis, ce fut au tour de François Mitterrand qui, non seulement, avait caché son cancer de la prostate à ses compatriotes mais qui avait fait de ce secret d’Etat, un mensonge d’Etat en faisant publier dès 1981 des bulletins de santé erronés. Un acte que son médecin personnel, le Docteur Gubler, dénoncera dans un livre, quelques jours seulement après la mort du président socialiste en janvier 1996, mais qui lui vaudra une condamnation et surtout une radiation à vie de l’ordre des médecins.

Mitterrand-les-secrets-du-dernier-voyage_article_landscape_pm_v8

François Mitterrand (1916 – 1996), président de la République française de 1981 à 1995

Depuis lors, il est quelque peu logique que l’opinion se montre un peu plus suspicieuse (du moins s’interroge avec insistance) à propos de l’état de santé supposé ou réel de celui qui les dirige. A l’heure de la transparence, il est toujours bon de savoir si celui qui préside la République est en parfait état de le faire, surtout si cela n’affecte pas son mental et donc sa capacité à prendre des décisions.

Sauf que dans le cas de François Hollande, il n’y a pas vraiment de quoi fouetter un chat ! Comme cela fut précisé par l’intéressé lui-même, l’actuel chef de l’Etat fut opéré bien avant qu’il accède à l’Elysée, une information qu’on considère alors comme relevant du domaine de l’intime, du privé comme l’a d’ailleurs rappelé Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre. En clair, le scoop de la radio publique n’avait finalement pour but que de créer le buzz autour d’une histoire qui au fond n’est qu’un non-évènement !

Dès lors, la prostate de François Hollande nous rappelle une fois encore que la France (ou plutôt les journalistes français) souffre de ce qu’on pourrait appeler le « syndrome Mitterrand » dans le sens où l’ex-chef de l’Etat n’avait pas hésité à mentir afin de sa maladie ne devienne pas un enjeu politique. Depuis chaque analyse, comportement, état de santé du président de la République est scruté, épié par certains qui ne pensent détenir une information cruciale pour l’avenir du pays quitte à en faire une analyse politique. En septembre 2005 par exemple, Jacques Chirac fut victime d’un accident vasculaire cérébral qui annula définitivement ses chances de briguer un troisième mandat en 2007. En août 2009, les médias ont largement couvert le malaise vagal dont fut victime Nicolas Sarkozy après un jogging, alors que ce dernier s’était monté juste imprudent !

6713696-pourquoi-la-prostate-de-hollande-fait-autant-parler

En clair, pour paraphraser Jacques Dutronc, « on nous cache tout, on nous dit rien » et tout doit être révélée quitte à oublier une règle de base : le président de la République, malgré ses fonctions, a le droit à une vie privée tant que sa santé ne remet pas en cause sa capacité de discernement ! François Hollande est dans ce cas de figure et s’il peut se consoler, il pourra toujours se dire qu’il aura fait la promotion, un peu malgré lui, de la prévention contre les maladies liées à la prostate ! 😉

PS : et puisque j’évoquais Jacques Dutronc…