La stratégie contradictoire et idiote du Parti de gauche

Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche et coprésident du Parti de gauche, député européen

Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche et coprésident du Parti de gauche, député européen

Les jours du Front de gauche sont-ils désormais comptés ? C’est que porte à croire les récentes déclarations des cadres du Parti de gauche au lendemain du congrès du PGE (Parti de la gauche européenne) qui s’est tenu à Madrid (Espagne) et qui a reconduit Pierre Laurent, le secrétaire général du Parti communiste français (PCF) à sa tête.

En effet, le PG par la voix de Martine Billard, sa co-présidente et de François Delapierre, la reconduction de Pierre Laurent pose un problème majeur non pas en ce qui concerne la personnalité même de ce dernier mais la stratégie menée par le PCF notamment dans le cadre des municipales en mars prochain. Pour le PG, la confirmation du leader communiste à la tête de la gauche radicale européenne est un mauvais signal envoyé aux électeurs, synonyme de message brouillé et rendant ainsi illisible la stratégie de la gauche radicale qui se veut offensive et surtout sans concession face à la gauche modérée, à l’instar de SYRIZA en Grèce.

Ce coup d’éclat (quoique passé inaperçu) est un nouvel exemple des relations plus que tendues entre le PG et le PCF, les deux principales formations du Front de gauche, l’un et l’autre affichant une méfiance réciproque. A cela s’ajoute la problématique des municipales où les deux partis semblent défendre une ligne politique complètement opposée. En effet, là où Jean-Luc Mélenchon, le leader du PG prône la constitution tous azimuts de liste autonome dès le premier tour notamment face au PS, le PCF opte plutôt pour le cas par cas, en fonction des alliances et des majorités locales. A Lyon par exemple, si les communistes ont finalement préféré faire cavalier seul face au maire socialiste sortant Gérard Collomb, à Paris en revanche, Ian Brossat et ses troupes ont noué une alliance avec Anne Hidalgo dès le premier tour, provoquant au passage la colère du Parti de gauche qui, droit dans ses bottes, mènera sa propre liste.

Pierre Laurent, sénateur de Paris et secrétaire général du Part communiste français, lors du congrès du Parti de la gauche européenne, à Madrid (Espagne)

Pierre Laurent, sénateur de Paris et secrétaire général du Part communiste français, président du Parti de la gauche européenne, lors du congrès du PGE, à Madrid (Espagne)

En agissant de la sorte, Jean-Luc Mélenchon et ses amis cherchent à maintenir un rapport de force qui leur est de moins en moins favorable, quitte à brandir la menace d’un démantèlement du Front de gauche, cette alliance de la gauche radicale qui leur avait si bien réussi en 2009, lors des précédentes européennes. L’actuel député européen le sait, sa ligne radicale et sans concession à l’égard du gouvernement en général et du Parti socialiste en particulier ne rencontre qu’un succès limité et qui ne se traduit aucunement par un quelconque gain électoral. A la différence du PCF, qui tout en exprimant ses réserves à l’égard de la politique menée par le tandem Hollande-Ayrault, affiche malgré tout une attitude responsable (histoire, il faut bien le reconnaître, de conserver un nombre important d’élus), le PG, qui est dans une logique de conquête, cherche à se démarquer histoire de montrer qu’il demeure toujours la force motrice du Front de gauche, le parti qui détermine la voie à suivre.

Jean-Luc-Mélenchon-Pierre-Laurent

Or, une telle stratégie, déjà peu efficace électoralement parlant, cache assez mal les querelles de personnes et les questions d’ego largement repérables au sein de cette coalition. Comme le souligne si bien mon ami Fabien Cazenave sur son blog, si au Parti de gauche, cela ne pose aucun problème de voir Alexis Tsipras, le leader du parti grec SYRIZA, se porter candidat à la présidence de la Commission européenne (à défaut que cela soit Jean-Luc Mélenchon), il est en revanche plus problématique de voir Pierre Laurent reconduit à la tête du PGE ! En clair, et contrairement aux explications mises en avant par Martine Billard et François Delapierre, ce sont bel et bien des querelles de personnes qui s’affichent au grand jour et qui poussent finalement Jean-Luc Mélenchon et son mouvement à « suspendre sa participation au PGE jusqu’aux élections municipales ». La date n’est pas choisie au hasard, dans la mesure où le PG espère voir sa stratégie validée par les électeurs, histoire de mieux négocier sa présence sur les listes aux européennes !

Dès lors, il est désormais loin la temps où le Front de gauche s’affichait comme un ensemble homogène, signe supplémentaire de la stratégie contradictoire et surtout contre-productive de Jean-Luc Mélenchon.