La promesse de Rajoy

Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol (depuis janvier 2012), leader du Parti populaire.

Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol (depuis janvier 2012), leader du Parti populaire.

C’était une promesse de campagne que l’intéressé voulait à tout prix tenir au risque de faire revenir son pays trente ans en arrière.

Ce week-end, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a fait voter une loi limitant drastiquement l’avortement en Espagne. Désormais, une interruption volontaire de grossesse (IVG) ne pourra être possible que dans des cas très précis (viol, danger pour l’enfant et la mère…) et dans des délais très précis.

Une loi qui a suscité la révolte des associations de défense de l’avortement mais également de l’opposition socialiste y voyant une formidable atteinte à la liberté des femmes. De son côté, les associations anti-avortement se félicitent de la décision prise par le président du gouvernement espagnol, considérant qu’il s’agit là d’une décision de bon sens devant mener à « l’avortement zéro » à terme. Une position confortée par le rejet par le Parlement européen, quelques jours auparavant, du rapport Estrella, relatif à l’information et au droit à la sexualité à travers l’Union européenne, rapport qui préconisait notamment un libre-accès à l’information relative à l’avortement.

En concrétisant une telle promesse, Mariano Rajoy espère s’appuyer sur une frange conservatrice de son électorat qui cherche à abolir coûte que coûte l’héritage socialiste de l’Espagne. En effet, la loi sur l’avortement est l’une des lois les plus emblématiques de l’ère Gonzalez, faisant du pays, l’un de ceux les plus progressistes en matière d’avortement et de droits des femmes. En abolissant de facto l’avortement, Rajoy cherche à rassurer une partie de son électorat qui, en ces temps de crise économique, semble se réfugier dans les valeurs et les traditions quitte à nier certains droits.

Manifestants anti-avortement dans les rues de Madrid portant l'inscription "Derecho a vivir" (Le droit de vivre)

Manifestants anti-avortement dans les rues de Madrid portant l’inscription « Derecho a vivir » (Le droit de vivre)

Car la nouvelle loi sur l’avortement n’est qu’une étape vers un tournant plus conservateur, c’est du moins ce qu’on peut craindre en Espagne à terme dans la mesure où d’autres mesures progressistes sont dès lors clairement menacées comme le mariage homosexuel par exemple voté en 2005 par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. Dans une Espagne qui s’enfonce dans l’incertitude économique, et face à l’incapacité de Rajoy de trouver des solutions pour sortir son pays de l’ornière, l’avortement semble devenir une excuse, un contre-feu idéal pour détourner l’attention et trouver une forte minorité (à défaut d’une majorité claire) pour bénéficier de soutiens quitte à diviser davantage la société espagnole qui reste très partagée sur le sujet.

Reste à savoir si cette nouvelle loi va avoir un effet sur le long terme, ce que certains doutent clairement, à l’instar des ONG qui considèrent qu’abolir l’avortement n’a que pour conséquence de mettre en danger certaines femmes qui n’auront pas forcément les moyens d’interrompre leur grossesse (à l’étranger) et qui n’auront pas d’autres possibilités que de le faire dans la clandestinité avec les ravages à prévoir. De ce fait, Rajoy a réussi le tour de force de cracher sur le visage des associations féministes et de faire passer son pays pour un Etat réactionnaire et s’attaquant aux droits de ces citoyennes de disposer de leur propre corps.

Manifestants pro-avortement portant l'inscription "Yo decido" (Je décide)

Manifestants pro-avortement portant l’inscription « Yo decido » (Je décide)

Toujours est-il que l’initiative de Mariano Rajoy donne un très mauvais signal pour le droit des femmes et rappelle finalement qu’aucun droit n’est finalement acquis, ou même gravé dans le marbre. Même si l’avortement est un prétexte pour un président du gouvernement espagnol en mal de popularité, son abolition est une piqure de rappel pour celles et ceux qui défendent le choix de chacun de disposer de son corps comme il l’entend dans la mesure où la vigilance reste de mise notamment en Europe.