Barnier qui pleure et les socialistes français qui rient

Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013, candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne, lors du congrès de son parti, le 7 mars, à Dublin (Irlande)

Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013, candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne, lors du congrès de son parti, le 7 mars, à Dublin (Irlande)

Ce week-end dernier, Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013, a été désigné candidat du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne lors d’un congrès extraordinaire à Dublin (Irlande) face à Michel Barnier. L’ancien ministre français et actuel commissaire européen au marché intérieur n’avait pas caché son intérêt à la succession de José Manuel Barrosso, mais n’a finalement rien pu faire face à la candidature de l’ex-président de l’Eurogroupe.

Cette désignation est plutôt une bonne nouvelle à plusieurs titres : tout d’abord, Jean-Claude Juncker est vu comme un fédéraliste et surtout un homme d’expérience même si certains analystes, tel Jean Quatremer, ne cache pas un scepticisme certain sur ses véritables intentions, Juncker étant vu comme le candidat d’Angela Merkel sans compter qu’il a été montré à plusieurs reprises (très) frileux sur certains dossiers tels le secret bancaire, dont son pays semble en faire une spécialité. Malgré tout, la présence de Juncker comme candidat à la présidence de la Commission devrait renforcer l’intérêt pour la campagne en cours et à venir.

La candidature de l’ex-chef du gouvernement luxembourgeois est également une bonne nouvelle pour les socialistes européens et tout particulièrement français qui suivaient avec attention mais également crainte le congrès de Dublin. En effet, et en application du Traité de Lisbonne, le futur président de la Commission européenne sera issu du parti arrivé en tête lors des élections européennes de mai prochain. Or, si Michel Barnier avait été désigné tête de liste pour le PPE et que ce parti avait remporté le scrutin, François Hollande n’aurait pas pu d’autres solutions que de le nommer commissaire européen, ruinant ainsi les espoirs de certains socialistes qui se verraient bien au Berlaymont.

Elisabeth Guigou et Pierre Moscovici au siège de campagne de François Hollande, le 6 mai 2012

Elisabeth Guigou et Pierre Moscovici au siège de campagne de François Hollande, le 6 mai 2012

Autant dire que la désignation de Jean-Claude Juncker est un soulagement pour le Parti socialiste français, synonyme de bonne nouvelle pour certains de ses membres, à commencer par Pascal Lamy, actuel directeur de l’Organisation mondiale du commerce, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des finances ou bien encore Élisabeth Guigou, députée de Seine-Saint-Denis qui n’ont jamais démenti leur intérêt pour le poste même s’ils gardent bien de l’exprimer franchement. En effet, c’est la première fois depuis 2004 (et un certain Pascal Lamy) qu’un socialiste français va siéger au Collège des commissaires et l’occasion est trop belle pour certains de booster leur parcours politique ou bien la terminer de manière prestigieuse.

L’hypothèse Barnier étant désormais levée, une autre campagne (interne celle-là) va débuter, si ce n’est reprendre de plus belle au sein du Parti socialiste,  jusqu’en novembre, date de la mise en place de la nouvelle Commission européenne. Si personne ne s’est formellement déclaré, il n’en demeure pas moins que les tractations se poursuivront encore quelques semaines, en toute discrétion.