Le plus dur est à venir

Je n’ai pas suivi les élections municipales, n’étant pas en France ces derniers temps. Mais j’ai voté et j’ai analysé les résultats de ce premier tour avec impatience.

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Le plus dur est à venir pour le gouvernement et la majorité qui, il faut bien le reconnaître, a été clairement averti par les électeurs de gauche qui ne sont pas suffisamment mobilisés. Le résultat n’est pas surprenant en soi dans la mesure où François Hollande et Jean-Marc Ayrault mènent une politique difficile et qui peine à convaincre nous compatriotes. Si le second tour devrait apporter un regain de mobilisation à gauche, il n’en demeure pas moins que les scores plus que décevants de certaines têtes de liste cachent mal un malaise certain. Je pense notamment à Lille, Lyon ou Rennes où Martine Aubry, Gérard Collomb ou bien encore Nathalie Appéré ont connu d’importants reculs par rapport à 2008 mais également Grenoble où Eric Piolle, le candidat Front de gauche/Europe Ecologie Les Verts a créé une énorme surprise en devançant Jérôme Safar, le candidat socialiste et dauphin de Michel Destot qui ne se représentait pas. Le plus dur est sans doute là pour cette gauche socialiste qui, avant même le second tour, devra entendre le message des électeurs d’autant plus qu’à la différence de l’élection municipale de 2001, elle a encore la possibilité de rectifier le tir tout en restant crédible et courageuse sur le plan des réformes.

Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris, au Cirque d'Hiver, le 19 mars dernier

Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris, au Cirque d’Hiver, le 19 mars dernier

Le plus dur est également à venir pour l’UMP qui, certes, réalise de meilleurs résultats mais qui est loin de la marée bleue tant espérée. Certes, elle conserve des villes comme Bordeaux et Meaux (grâce à l’implantation locale de ses édiles) mais elle sait que rien n’est encore joué. Je pense notamment à Paris où, en dépit des éléments de langage qu’elle met en avant, Nathalie Kosciusko-Morizet est loin d’être assurée de l’emporter à Paris. En effet, même si elle est en tête au niveau global, elle est nettement devancée dans les XII° et XIV° arrondissements, deux secteurs-clé pour s’imposer et succéder à Bertrand Delanoë. En dépit des apparences, la bataille paraît mal engagée pour l’ancienne ministre de l’Environnement qui joue sur l’effet psychologique pour déstabiliser Anne Hidalgo, qui devrait malgré tout s’imposer, la première adjointe sortante bénéficiant qui plus est d’un meilleur report de voix.

Steeve Briois, candidat FN à Hénin-Beaumont, élu dès le premier tour avec 50,6 % des voix

Steeve Briois, candidat FN à Hénin-Beaumont, élu dès le premier tour avec 50,6 % des voix

Le plus dur est également à venir pour le Front national qui est le grand vainqueur du scrutin notamment à sa victoire à Hénin-Beaumont. Ce gain est notamment très symbolique pour le parti de Marine Le Pen qui entend faire de cette ville, un laboratoire, une version en miniature du modèle de société que sa présidente entend proposer au pays en 2017. C’est en réalité un moment de vérité dans la mesure où le parti d’extrême droite qui se veut fréquentable et respectable devra tout bonnement montrer sa capacité à gérer une ville avec toutes les contraintes que cela implique notamment dans le respect du droit. Un Front national qui devra démontrer qu’il n’est plus le parti tant décrié dans le passé même si on peut fortement en douter. Autrement dit, le Front national, en rejoignant un peu plus encore le système républicain, ne pourra plus se dédouaner derrière le « tous pourris » dans la mesure où il sera jugé et devra, le cas échéant, rendre des comptes. La victoire d’Hénin-Beaumont et celles, probables, de Forbach, Fréjus, voire de Perpignan, sont paradoxalement une nouvelle pas si mauvaise pour le démocratie dans la mesure où le FN pourra difficilement se dédouaner et montrer s’il a réellement changé dans les propos et les actes.

Enfin, le plus dur est à venir pour l’état de notre démocratie avec un taux d’abstention record de 35%, signe qu’un ressort est définitivement brisé notamment auprès des jeunes qui décidément non plus confiance dans le système politique. J’ai moi-même remarqué ce moment pénible lorsque j’ai appris le taux d’abstention dans ma commune, Bondy : 54%

Oui, le plus dur est à venir. Pour tout le monde.