Un « gouvernement de combat » ou le vrai tournant du quinquennat

Manuel Valls, nouveau chef du gouvernement, premier ministre

Manuel Valls, nouveau chef du gouvernement, premier ministre

Manuel Valls a été nommé Premier ministre par le président de la République, ce lundi, au lendemain des élections municipales qui furent mauvaises pour la gauche et le Parti socialiste en particulier. Dans une allocution télévisée, François Hollande a réaffirmé sa détermination et les objectifs qu’il s’était fixé lors de sa prise de fonctions, il y a bientôt deux ans. Au passage, le chef de l’Etat en a profité pour saluer l’action du Jean-Marc Ayrault qui redevient simple député.

Je dois bien avouer que je suis très partagé sur la nomination du Manuel Valls à Matignon tant elle divise fortement à gauche et même au sein du Parti socialiste. En effet, l’aile gauche et ainsi qu’un nombre non négligeable de militants se montrent au mieux sceptiques, au pire (très) déçus par le choix du président de la République qui était très attendu après la débâcle des municipales. En effet, Valls a la solide réputation d’être un homme à poigne, autoritaire, et adoptant une ligne de fermeté et sans concession comme on l’a vu en matière d’insécurité ou sur la question des Roms. Une ligne politique très combattue par la gauche du PS notamment par le Front de gauche et Europe Ecologie Les Verts dont les ministres ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne feront pas partie du prochain gouvernement.

Le choix de Valls peut paraître étrange à l’heure où l’électorat de gauche a clairement sanctionné le président de la République. Toutefois, et après réflexion, la nomination de l’actuel ministre de l’Intérieur reste tout à fait logique.

François Hollande entame la seconde phase de son quinquennat en préparant déjà sa candidature pour 2017, ce qui suppose une stratégie claire et surtout identifiable pour nombre de nos compatriotes. Jusqu’ici, le gouvernement souffrait d’un manque criant de communication et surtout d’efficacité, symbolisé notamment par les discours contradictoires et les gaffes à répétition. En désignant Valls, le président de la République espère mettre fin à la cacophonie ambiante qui caractérisait le gouvernement Ayrault, misant ainsi sur un Premier ministre qui arbitre mais qui n’hésite pas à se comporter en patron à forte poigne.

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Qui plus est, le président de la République s’adresse davantage à l’électorat centriste et de droite qu’à l’électorat de gauche qui pourtant l’a durement sanctionné dimanche dernier. Là encore, François Hollande est en mode 2017 et cherche à couper de l’herbe sous le pied à la droite. En nommant Valls, il cherche à se protéger d’éventuelles attaques et coups bas à venir de l’opposition en le gênant aux entournures. Un choix qui, en toute conséquence, déstabilise les autres composantes de la majorité, notamment les Ecologistes qui, en réalité, devront prendre leurs responsabilités et décider ou non de rester au sein du gouvernement ou, au minimum, de le soutenir.

Enfin, et contre toute attente, le président de la République semble réaffirmer sa stratégie entreprise depuis deux ans, en dépit du résultat des municipales. Alors que certains spéculaient sur Martine Aubry, François Hollande a préféré lever toute ambiguïté quant à la ligne politique qu’il comptait suivre. En nommant l’ancien député de l’Essonne premier ministre, François Hollande tient à rappeler qu’il ne déviera pas, une autre manière de dire qu’il reste constant et n’agit sous la précipitation ou injonction des sondages et autres résultats électoraux.

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En clair, en nommant Manuel Valls, le président de la République compte prendre tout le monde à contrepied et rappeler à qui veut l’entendre que c’est lui le patron. Toujours est-il que les cris d’effrois de la part de certains militants socialistes sont à la hauteur du caractère controversé de Manuel Valls, un homme particulièrement ambitieux et qui sait qu’il a tout intérêt à réussir, ne serait-ce que pour ses objectifs politiques futurs. Reste à savoir qui fera partie de son gouvernement de combat, un nouveau gouvernement qui devrait confirmer le vrai tournant du quinquennat du président de la République.