Ayrault n’a pas démérité mais…

Jean-Marc Ayrault, premier ministre de mai 2012 à avril 2014

Jean-Marc Ayrault, premier ministre de mai 2012 à avril 2014

Jean-Marc Ayrault n’est plus Premier ministre. Il a officiellement passé la main à Manuel Valls ce mardi après-midi et reviendra (simple) député de Loire-Atlantique dans un mois. Avant de repartir sur Nantes, la ville dont il fut maire durant vingt-trois ans, il s’est adressé une dernière fois aux services de Matignon et a souhaité bonne chance au nouveau Premier ministre.

Ayrault n’a pas démérité et encore sont ceux qui soulignent son courage, sa détermination mais également ses qualités humaines. L’homme est en effet intègre, resté fidèle à ses convictions et a dirigé la France avec sérieux. En cela, il est et restera estimé par nombre de nos concitoyens et a gagné une certaine légitimité notamment au sein du Parti socialiste.

Toutefois, l’ancien Premier ministre a effectué sa tâche avec sérieux et humilité, il paraît évident qu’il n’était plus l’homme de la situation. Au lendemain d’élections municipales catastrophiques pour le Parti socialiste, le président de la République devait absolument réagir et reprendre la main en provoquant un électrochoc. Conserver Ayrault aurait été une lourde faute politique dans la mesure où nos compatriotes exigent désormais des résultats tangibles et concrets. Certes, l’ancien Premier ministre n’était pas le seul responsable de la débâcle de dimanche dernier mais il est vite apparu clair qu’il serait rapidement sur la sellette, incarnant aux yeux des François, un exécutif qui peine à expliquer et définir sa stratégie en dépit de réalisations diverses.

Jean-Marc Ayrault quittant l'Hôtel de Matignon salué par Manuel Valls, nouveau premier ministre

Jean-Marc Ayrault quittant l’Hôtel de Matignon salué par Manuel Valls, nouveau premier ministre

Qui plus est, Jean-Marc Ayrault paie une certaine image de lui-même, juste ou erronée d’ailleurs, que l’on soit un partisan ou un détracteur de ce dernier. A force de manier le chèvre et le chou, de ne pas véritablement trancher dans le vif et de vouloir ménager tout le monde (au risque de ne satisfaire personne ou presque), l’ancien Premier ministre n’est pas paru comme une personnalité forte, capable de s’imposer et tout simplement incarner sa fonction au sein de l’exécutif, celle de diriger la France, d’appliquer la feuille de route conçue par le président de la République et surtout de protéger le président. Face à d’autres ministres de son gouvernement, plus imposant médiatiquement parlant, Jean-Marc Ayrault paraissait comme effacé, ce qui à la longue, a fini par lui couter cher.

Le maintien de Jean-Marc Ayrault aurait pu être pertinent si nos compatriotes n’étaient pas demandeurs de clarté de la part du président de la République et de son équipe. Qui plus est, et dans le contexte d’une crise de plus en plus forte et difficile à supporter pour bon nombre d’entre nous, la reconduction de l’ancien maire de Nantes aurait tout simplement été incompréhensible. Autrement dit, son profil gestionnaire et notable de province a, certes, rassuré en début de quinquennat mais ne correspond désormais plus aux défis qui attendent le président de la République et sa majorité.

Remaniement-Ayrault-or-not-Ayrault

Le départ de Jean-Marc Ayrault est au bout du compte logique, signe que la première phase du quinquennat est bel et bien terminée et l’arrivée de Manuel Valls marque d’une certaine manière la « réhabilitation » du Premier ministre au sein de l’appareil exécutif. Il est trop tôt pour évaluer l’impact qu’Ayrault aura laissé auprès des Français, mais il est certain que son image restera positive, l’homme étant resté fidèle à lui-même.