Un (nouveau) gouvernement d’équilibre ?

gouvernement-2014-v2Manuel Valls a dévoilé la liste de son gouvernement hier matin. Seize ministres composent désormais la nouvelle équipe en attendant la nomination des secrétaires d’Etat et/ou ministres délégués qui devrait intervenir dans les heures ou les jours à venir.

Un gouvernement qui d’une part surprend non en raison de sa taille mais plutôt par la présence de ses membres. En effet, s’il y a eu beaucoup de départs (notamment ceux de Pierre Moscovici, Geneviève Fioraso ou bien encore Vincent Peillon), il y a en revanche que très peu de nouvelles arrivées et donc de « nouvelles » têtes. Ségolène Royal et François Rebsamen intègrent en effet le nouveau gouvernement (l’une à la tête d’un grand ministère de l’Ecologie et l’autre à celui de l’Emploi) et nombreux sont ceux, notamment à droite, qui ironisent sur le retour de l’actuelle présidente du conseil régional de Poitou-Charentes à un poste qu’elle avait occupé il y a vingt-deux ans, lors du gouvernement Bérégovoy. Sans doute qu’ils avaient oublié qu’Alain Juppé avait connu la même situation puisqu’il était en charge de la diplomatie française de 1993 à 1995 sous le gouvernement Balladur avant de revenir au Quai d’Orsay de mars 2011 à mai 2012 sous le gouvernement Fillon.

Dès lors, certains s’interrogent sur la nature même d’un gouvernement qui se veut de combat, estimant qu’en réalité, il n’y a pas de changements notables et surtout visibles. Le président de la République, soucieux de maintenir les équilibres internes du Parti socialiste, a construit un curieux échafaudage en tenant de réunir la jeune génération (encore représentée par Najat Vallaud-Belkacem) et des personnes réputées d’expériences (Ségolène Royal, Laurent Fabius) tout en faisant appel à ses fidèles (François Rebsamen, Stéphane Le Foll qui en tant de rester à l’agriculture, devient porte-parole du gouvernement) afin de construire un ensemble cohérent. Un ensemble qui doit incarner une nouveau souffle pour le quinquennat de François Hollande tout en restant fidèle à la stratégie mise en œuvre par ce dernier depuis son accession à l’Elysée, il y a bientôt deux ans.

Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l'Economie et Michel Sapin, ministre des Finances à leur arrivée à Bercy

Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l’Economie et Michel Sapin, ministre des Finances à leur arrivée à Bercy

Dès lors, certains auront sans doute le (fort) sentiment qu’il s’agit d’un gouvernement de continuité dans la mesure où il n’y a pratiquement aucun changement et que les poids lourds restent en place. Malgré tout, on peut penser qu’il s’agit là d’un nouveau gouvernement d’équilibre chargé d’obtenir des résultats rapides et concrets tout en conservant la feuille de route dessinée par l’Elysée, ce qui suppose davantage de réorganiser l’équipe en soi que de faire appel à de nouvelles personnalités.

Si certains regroupements sont très curieux (en effet, que viennent faire les droits des femmes avec la jeunesse et sports et surtout la politique de la ville, qui aurait du se retrouver, à mon sens, avec l’écologie ou le logement) d’autres sont en revanche très pertinents et tout particulièrement la « scission » du ministère de l’Economie et des Finances, une première depuis la IV° République, suivant ainsi ce qui existe déjà dans certains pays tels la Belgique ou bien encore l’Allemagne.

Ce gouvernement de combat doit préalablement passer par une réorganisation en profondeur afin d’arriver à un ensemble resserré prêt à passer à l’offensive notamment dans l’optique de 2017. Certains parleront de changement dans la continuité et d’autres se montreront plus optimistes. Toujours est-il que dans l’un comme l’autre, le gouvernement Valls devra très rapidement apporter des résultats tangibles et concrets, s’il veut dissiper les premiers doutes et faire taire tous des détracteurs qui parlent déjà d’incompétence.