Un effet boomerang

Pauline Marois, chef du Parti québécois et Premier ministre sortant au soir de sa défaite aux élections législatives anticipées du 7 avril dernier

Pauline Marois, chef du Parti québécois et Premier ministre sortant au soir de sa défaite aux élections législatives anticipées du 7 avril dernier

Tout perdre en seulement un mois alors qu’on avait toutes les cartes en mains. Cette nuit, le Parti québécois a été sérieusement défait lors d’élections législatives anticipées provoquées par sa chef Pauline Marois.

La déroute est totale et très sévère pour le Premier ministre sortant du Québec qui comptait sur ces élections pour obtenir un nouveau mandat et détenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Avec seulement 25% des voix et trente députés, le PQ réalise une bien piètre performance, ouvrant très probablement la voie à une crise ouverte au sein du mouvement souverainiste. Le parti est même talonné de près par la Coalition Avenir Québec, le mouvement nationaliste de centre-droit mené par François Legault, qui recueille 22% des suffrages et une vingtaine de députés, confirmant ainsi la stratégie défendue par son leader de proposer une troisième voie entre fédéralisme et souveraineté aux Québécois.

Pauline Marois paie sans doute son flou quant à la perspective ou non d’un nouveau référendum sur l’indépendance du Québec mais également le projet de Charte des valeurs, un texte promouvant un Québec laïque mais qui fut perçue comme une menace pour la plupart des Québécois issus de l’immigration, notamment au sein de la communauté maghrébine. Dès l’annonce des résultats, Pauline Marois, qui fut elle-même battue dans sa propre circonscription, a pris ses responsabilités en annonçant sa démission du Parti québécois. Une nouvelle course à la succession est donc ouverte et nul doute qu’elle sera très disputée entre Bernard Drainville, Jean-François Lisée et Pierre-Karl Péladeau, l’homme d’affaires et patron de Québécor, qui devait être l’atout stratégique de la désormais ex-premier ministre.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec et nouveau Premier ministre du Québec

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec et nouveau Premier ministre du Québec

De son côté, le Parti libéral du Québec réalise une victoire totale et franchement inattendue, dix-huit mois seulement après son départ du pouvoir et la démission de son chef de l’époque, Jean Charest. Avec 41% des suffrages, ce parti fédéraliste remporte 71 sièges et la majorité absolue laissant à son patron actuel, Philippe Couillard, les coudées franches pour mener sa politique. Ce neurochirurgien de 56 ans a su profiter de l’opposition de certains Québécois à la Charte des valeurs et rappeler son refus de tout projet souverainiste pour la province francophone en dépit des affaires et soupçons de corruption. Le gouvernement Marois a finalement été une parenthèse enchantée pour le PLQ qui signe donc là un retour en grâce et qui rassure bien évidemment le reste du Canada, la perspective d’un troisième référendum sur l’indépendance du Québec s’éloignant dans le long terme au moins.

Caricature de Garnotte parue dans "Le Devoir" durant les élections provinciales montrant Pierre Karl Péladeau, patron de Québécor et probable candidat à la succession de Pauline Marois

Caricature de Garnotte parue dans « Le Devoir » durant les élections provinciales montrant Pierre Karl Péladeau, patron de Québécor et probable candidat à la succession de Pauline Marois

Je dois bien avouer que je suis très surpris par un tel résultat moi qui avait suivi la campagne sur place en mars dernier. Alors que le PLQ semblait en panne d’idées et le PQ tenir la barre, les Québécois ont finalement envoyé un message clair à Pauline Marois et son parti : pas question d’organiser un troisième référendum, un thème qui fut au bout du compte central dans le scrutin. A mon sens, Philippe Couillard a su habilement profiter des hésitations de Pauline Marois et de la réticence d’une partie de la population pour s’orienter sur l’économie et l’emploi tout en rappelant son opposition de principe. En ravivant la flamme indépendantiste et sous-estimant probablement les aspirations des Québécois mais également ses adversaires, le PQ qui détenait une majorité relative à l’Assemblée nationale, a été victime d’un effet boomerang dont il aura probablement du mal à se relever. Mais de là à dire que le projet souverainiste est caduque, il y a un pas qu’il est encore tôt à faire. Tout dépendra de la façon dont les indépendantistes québécois sauront renouveler leur discours et susciter un nouvel intérêt pour l’avenir d’un Québec libre, ce qui suppose entre autres de revoir sa relation avec certains Québécois qui ont eu le sentiment d’avoir été trahis avec la Charte des valeurs.

Il aura donc suffi que la question nationale mais également les ressentis concernant la Charte des valeurs reviennent au centre du jeu pour que le PQ retrouve les bancs de l’opposition permettant un retour des Libéraux qui n’en demandaient pas tant. Le Québec, et surtout le Canada, a évité une éventuelle crise politique, reste à savoir comment le gouvernement fédéral considérera le Québec dans les mois et années à venir.