Le PS est-il (encore) un parti de militants ?

Harlem Désir, ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, désormais secrétaire d'Etat aux Affaires européennes

Harlem Désir, ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, désormais secrétaire d’Etat aux Affaires européennes

Semaine folle à Solferino et au sein du gouvernement ! Ce mardi, était annoncé la liste des secrétaires d’Etat qui rejoignait le gouvernement Valls. Si certaines nominations furent bien accueillis voire applaudies (comme le maintien de Fleur Pellerin désormais au Commerce extérieur ou bien encore l’arrivée d’Axelle Lemaire au Numérique), d’autres furent en revanche très discutées comme celle de Geneviève Fioraso et surtout celle d’Harlem Désir, nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères qui dans le même temps, quitte la tête du Parti socialiste.

A ce titre et suite au départ de l’actuel député européen, nombreux furent celles et ceux qui ont plaidé pour un respect des statuts qui prévoient que le numéro deux du mouvement se charge de l’intérim jusqu’à l’organisation d’un nouveau congrès tandis que d’autres en appellent tout simplement à une consultation des militants, dans l’hypothèse où Jean-Christophe Cambadélis serait confirmé à la tête du Parti socialiste. L’intéressé même a d’ailleurs plaidé en ce sens sur les ondes de RTL il y a deux jours.

Le départ (certains parleront d’exfiltration) d’Harlem Désir pour les affaires européennes et le jeu de chaises musicales qu’il a provoqué au sein de Solferino, remet en lumière une question lancinante qui hante le Parti socialiste : est-il (encore) un parti de militants, au sens premier (et noble du terme) ?

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Récurrente depuis de nombreuses années, la question reprend tout son sens depuis la grande défaite des municipales, certains militants restant traumatisés par les résultats que l’on connaît. L’occasion pour nombre d’entre eux d’exprimer leur ressenti sur une direction nationale et certaines fédérations dont ils ont l’impression (à juste titre d’ailleurs) de n’être compris ou au pire entendus. A ce propos, certains élus ont même exprimé leurs interrogations, pour ne pas dire leurs inquiétudes quant au rôle précis que doit le Parti socialiste quand il est aux responsabilités : doit-il se contenter de faire le SAV du gouvernement, ou bien doit-il rester au contact de la société, et rester force de proposition, s’appuyant notamment sur sa force militante ?

Pour ma part, il me paraît évident que le PS reste confronté à ce sacré dilemme qui n’en finit pas de lui peser et surtout lui pourrir la vie. Et nul doute que dilemme a eu un impact non négligeable sur l’organisation interne du parti, et dans les rapports entre élus et militants. Les seconds sont-ils uniquement des prospecteurs au service des premiers ou bien servent-ils de relais mais également de vigie pour aider les premiers à prendre des décisions qui vont dans l’intérêt de tous ? Certains élus s’interrogent même sur l’avenir du PS à l’instar de Claude Dilain, sénateur de Seine-Saint-Denis qui regrette que le premier parti de gauche et de France s’éloigne de plus en plus de son identité première en raison d’une organisation interne qui fait la part belle aux élus, et qui a profondément modifié la nature politique. Au point que certains détracteurs ne voient qu’en lui un parti d’élus plus ou moins puissants localement, favorisant ainsi de véritables fiefs électoraux. Dès lors, la place et le rôle du militant socialiste s’en retrouve largement modifié, au risque de créer un déséquilibre entre ce dernier et la direction nationale comme fédérale.

Caricature de Plantu parue dans Le Monde en octobre 2012, au lendemain de la désignation d'Harlem Désir en tant que Premier secrétaire du PS

Caricature de Plantu parue dans Le Monde en octobre 2012, au lendemain de la désignation d’Harlem Désir en tant que Premier secrétaire du PS

A ce propos, les dernières municipales mais également, les discussions récentes sur le non-cumul des mandats ainsi que les critiques à peine voilées de la gouvernance d’Harlem Désir sont très révélatrices d’un malaise perceptible au sein des adhérents socialistes qui peinent à trouver leur place et surtout leur utilité, certains exprimant même leur désarroi. A la différence d’autres formations politiques notamment de droite, l’organisation interne originelle du PS correspondait à une certaine idée de la démocratie interne qui passait obligatoirement par une prise en compte des militants, leur décision étant souveraine et s’appliquant à leurs élus. Si une telle idée était plausible sous la IV° République, il va sans dire que les institutions de la V° République et la pratique du pouvoir (quelque soit l’échelon, en particulier local) a eu une incidence majeure sur la démocratie interne du Parti socialiste.

Dès lors, le résultat des municipales mais également les remous provoqués par la succession d’Harlem Désir peuvent être une occasion en or pour le Parti socialiste de s’interroger sur sa nature politique, en particulier quant à la considération portée aux militants. Car contrairement aux autres formations politiques (exception faite du PCF, des Verts et du Parti de gauche), la force originelle du PS se trouve non pas dans son réseau d’élus mais au sein de sa base militante, ce qui suppose stimuler la démocratie interne, première étape avant une refonte complète de celle-ci.

C’est à ce titre que le Parti socialiste aurait pu connaître une autre issue pour les élections municipales et que les critiques envers Harlem Désir, moins acerbes.

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