Des États généraux du socialisme ?

Jean-Christophe Cambadélis, nouveau premier secrétaire du Parti socialiste

Jean-Christophe Cambadélis, nouveau premier secrétaire du Parti socialiste

Jean-Christophe Cambadélis a été, comme prévu, élu Premier secrétaire du Parti socialiste par le Conseil national avec 67% des voix.

La quatrième tentative aura été la bonne, le député de Paris et ancien proche de Dominique Strauss-Kahn accède à la fonction suprême dans un contexte cependant difficile en raison de la lourde défaite du PS aux municipales de mars dernier et du départ houleux et douloureux de son prédécesseur Harlem Désir. Nombreux sont ceux, essentiellement à l’aile gauche, qui déplorent que les militants n’aient pas été consultés, donnant une fois de plus l’impression que le choix du nouveau leader des socialistes s’est décidé de manière très discrétionnaire dans un bureau de Solferino.

Dès son élection, le nouveau patron du PS a proposé l’organisation d’Etats généraux du socialisme ayant pour but de donner la parole aux militants encore sonnés par la défaite de mars dernier mais également les déboires à répétition du gouvernement et de la majorité comme en témoigne le récent remaniement ministériel, l’objectif étant, à mon sens, d’anticiper une probable (et légitime) colère pour ne pas dire fronde des militants, voire même de certains élus, très remontés contre la direction.

L’idée d’organiser des Etats généraux du socialisme n’est pas nouvelle en soi puisqu’en 1993, une manifestation similaire avait eu lieu à Lyon, en juillet, au lendemain d’élections législatives catastrophiques pour la gauche, le PS en particulier. Cette année-là, le parti avait connu la pire défaite de son histoire, ne recueillant que 17% des voix et seulement 54 députés contre plus de 276 lors des législatives de 1988. Dans un contexte marqué par un fin de règne mitterrandiste, la débâcle avait lourdement atteint les socialistes au pouvoir qui, sous l’impulsion de Michel Rocard, nouveau premier secrétaire, s’étaient réunis pour comprendre et surtout analyser les causes de cet échec retentissant.

Toujours est-il que cette idée revient au gout du jour notamment à l’initiative de Julien Dray qui parlait d’ « assises », s’inquiétant au passage de l’état et du devenir du premier parti de gauche et de la gauche dans son ensemble. De ce fait, Jean-Christophe Camdabélis reprend à son compte les assises afin de pouvoir marquer sa différence et surtout la manière dont il entend animer et diriger le Parti socialiste. Car, il convient d’être honnête et d’insister sur le fait que nombre de militants expriment de fortes réserves, pour ne pas dire de fortes critiques sur le fonctionnement et la stratégie du mouvement, surtout depuis l’accession de François Hollande à la présidence de la République en mai 2012.

Comme je l’avais souligné dans un précédent post, le PS détient sa légitimité et sa particularité de sa tradition démocratique et populaire, un parti dans lequel le mot « camarade » avait tout son sens, et pas uniquement pour faire joli. Un parti dans lequel, les militants jouent un rôle majeur, pour ne dire prépondérant, tous étant animé par un idéal, celui de transformer en profondeur la société, ce qui suppose au préalable, un fonctionnement interne original, prenant en considération les membres et tout particulièrement leurs inspirations.

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Aussi, des assises ou des Etats généraux du socialisme ne peuvent avoir leur utilité que si les militants peuvent librement et sans tabou exprimer ce qu’ils ont dans le cœur, refaisant du PS, un laboratoire d’idées, une boite à idées. Il ne s’agit pas seulement de recueillir les doléances ou les coups de gueule des adhérents mais plutôt de prendre en considération leur ressenti à partir de leur vécu quotidien. A ce titre, les Etats généraux, s’ils ont effectivement lieu, doivent servir non pas de défouloir mais de point de départ, à une réorganisation interne du PS davantage tournée vers les adhérents et au service de ce dernier, et non uniquement au service d’une machine électorale aussi efficace et puissante soit-elle.

C’est le défi qu’attend le nouveau premier secrétaire en raison de l’attente des militants qui se fait de plus en plus forte, l’objectif étant de replacer le PS et le remettre en ordre de marche notamment dans la perspective des échéances électorales futures, ce qui suppose une reconsidération des adhérents.