Le « roman de l’Euro » : (très) bon documentaire, (très) mauvais timing

ALe_Plus_Nouvel_Obsvertissement : retrouvez cet article paru le 16 mai dernier sur le site du Plus du Nouvel Observateur. 

Hier soir, pendant que près d’une centaine de chaines de télévision nationales diffusaient le grand débat entre les cinq prétendants à la présidence de la Commission européenne, France 2 présentait son Roman de l’euro, un film documentaire consacré à notre monnaie unique, des origines à la crise actuelle.

Préférant regarder le débat entre les candidats à la succession de José Manuel Barroso, ce n’est qu’en rentrant chez moi que j’ai regardé – en replay – le film de David Pujadas, le présentateur-vedette du 20 heures. Le documentaire du journaliste devait marquer un temps fort de la couverture médiatique du service public pour ces élections européennes, une couverture mise à mal en raison du comportement plus ou moins désinvolte de France Télévisions vis-à-vis des questions européennes.

Le roman de l'Euro

Le Roman de l’euro est une bonne réussite sur la forme comme sur le fond. Assez bien documenté, bien narré, le documentaire cherche à ne pas prendre le parti des eurobéats comme des europhobes. Durant une heure et demie, on raconte les succès et les avancées décisives conduisant à la monnaie unique mais également les ratés, les tabous et autres (in)décisions des leaders politiques sans oublier les coups bas qui ont conduit aux difficultés que nous connaissons, d’ailleurs très bien résumées par l’ancien premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, en toute fin de documentaire. En clair, le documentaire cherche davantage à donner des éléments de compréhension plutôt qu’à accréditer les opinions des uns et des autres.

Ce documentaire a attiré environ 1,8 million de téléspectateurs selon les premières audiences. Un succès d’estime qui aurait pu attirer davantage s’il avait été programmé à une autre date ou – encore mieux – dans la foulée du débat présidentiel de Bruxelles, et non en même temps que celui-ci. A l’heure où nombre de concitoyens s’interrogent sur les bienfaits de la construction européenne dans leur quotidien et que ces derniers demandent de la clarté dans les choix et les stratégies de nos responsables politiques, il était du devoir de France 2 de retransmettre la grande confrontation d’hier soir plutôt que de promouvoir le documentaire d’une personnalité de la chaine, aussi intéressant que pertinent soit-il. L’euro et son avenir sont des sujets cruciaux qu’il convient de traiter, loin des débats techniques de seconde partie de soirée et souvent sans saveur. Toutefois, la diffusion du Roman de l’euro en même temps que la retransmission du débat organisé par l’Union européenne de radiodiffusion cache mal, une fois encore, le manque de rigueur et de jugement du service public face aux enjeux du moment.

Car si le documentaire de Pujadas a mis en avant des têtes d’affiches nationales et européennes prestigieuses (Michel Rocard, Elisabeth Guigou, Bruno Le Maire, François Fillon, et d’autres), on ne retiendra finalement qu’une chose : que l’événement se déroulait non pas à France Télévisions mais bel et bien au Parlement européen qui organisait le grand débat présidentiel entre cinq candidats à la Commission européenne. Autrement dit, une grande première face à laquelle le service public français aura décidé de ne pas y prendre part contrairement à la chaîne d’info en continu i-télé qui, en diffusant la rencontre entre les prétendants à la succession de José Manuel Barroso, a sans aucun doute compris toute l’importance des questions européennes dans nos débats politiques.

En maintenant la diffusion de son Roman de l’euro, France Télévisions a finalement raté une occasion de se racheter et oublier son refus de retransmettre la confrontation d’hier à Bruxelles, tentant maladroitement de réaffirmer son intérêt pour la question européenne. Comme l’avait si bien souligné mon collègue Fabien Cazenave, l’enjeu n’était pas la monnaie unique mais plutôt quelle direction donner à la construction européenne. En clair, un mauvais timing qui place France Télévisions en dehors du jeu plutôt qu’au centre.