Et maintenant ? On fait quoi ?

3871061_ide-estimations-resultats-europeennes-01Bon, le résultat était attendu mais il fait quand même mal au cœur.

Avec 25% des voix, le Front national a remporté de manière claire et franche les élections européennes en France, en dépit d’une non-campagne avec pour seul slogan « Non à Bruxelles, oui à la France ». Un score qu’il conviendra d’analyser mais surtout de prendre avec considération, expression d’un malaise de plus en plus perceptible au sein de notre société.

Très vite, les partis politiques traditionnels, PS et UMP en tête, ont accusé le coup et tenté d’apporter des explications à un vote sans ambiguïté, tout en se rejetant la faute. Autant dire que ni l’un ni l’autre ont été à la hauteur du vote d’hier soir et qu’une telle indisposition ne fait que renforcer ce sentiment plus ou moins désagréable de gâchis.

En obtenant ¼ des suffrages exprimés, le Front national réalise une performance inédite sous la Cinquième république, profitant du désarroi de certaines catégories sociales dans un contexte marqué par une crise qui n’en finit plus et qui touche toujours aussi durement. A ce propos, il convient de rappeler que le parti de Marine Le Pen a fortement progressé chez les ouvriers mais également chez les jeunes, signe que le discours sur le caractère xénophobe, raciste et antisémite du FN ne suffit plus pour mobiliser les jeunes.

Il faut avoir raison gardée concernant la « victoire » historique du FN et de Marine Le Pen dans la mesure où, malgré l’arrivée d’une vingtaine de députés frontistes à Bruxelles et Strasbourg, cet « événement » ne devrait pas changer profondément l’équilibre politique qui prévaut au Parlement européen. Malgré tout, le résultat historique du FN doit être l’occasion d’une véritable et sérieuse prise de conscience de l’ensemble de notre classe politique, dans la mesure où le verdict des urnes d’hier soir n’est pas sans conséquences en particulier pour l’image et la réputation de la France.

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En plaçant le FN en tête aux élections européennes, les Français n’ont pas seulement voté contre « eux-mêmes » pour reprendre une expression récente de Claude Bartolone, ils ont également lancé une sorte de défi aux partis traditionnels, celui de redonner un nouveau souffle, un nouveau sens à la vie politique dans un contexte marqué par les scandales à répétition mais également une usure du pouvoir et une crise de la représentation. Une crise marquée par une abstention toujours plus élevée et qui semble de plus en plus assumée, si on croit les justifications des uns et des autres, exprimant le plus souvent une défiance de plus en plus marquée et affichée de la chose politique.

Face à cela, les partis politiques traditionnels se doivent de réagir et ne pas uniquement attendre que les députés FN démontrent leur inefficacité dans les mois à venir au Parlement européen, s’ils daignent encore y siéger. Ce qui suppose une remise en cause, non pas sadomasochiste mais salutaire dans le sens où certains tabous doivent être enfin levés. Cette remarque est valable pour le PS mais également (et surtout) pour l’UMP qui en dépit de son score, ne peut pas réellement se dédouaner vis-à-vis du FN et de sa performance.

En clair, il est temps pour les partis politiques traditionnels de faire un travail d’introspection et, qui sait, de faire un mea culpa notamment concernant leur fonctionnement interne qui fait la part belle aux logiques comptables, trop peu comprises et surtout acceptées par certains de nos concitoyens. Un mea culpa également sur la construction européenne dans la mesure où celle-ci a souvent été mise sur le banc des accusés et trop peu prise en considération et surtout assumée par nos chers responsables politiques. Un travail long et fastidieux mais qui sera sans doute obligé pour comprendre la percée historique de Marine Le Pen hier soir.