Le Top 14 ou le syndrome « NIMBY »

francois-hollande-30-mai-2014-rodez-1603809-616x380C’est un peu un match de rugby dans lequel s’est engagé le président de la République, lorsqu’il a présenté sa réforme territoriale, hier soir. Une réforme qu’il souhaite ambitieuse notamment pour l’avenir du pays.

Comme prévu, la carte administrative de la France a été profondément remaniée passant de 22 à 14 régions avec pour ligne de mire, la suppression des conseils généraux à l’horizon 2020. La réforme prévoit également le report des élections régionales de mars à l’automne 2015 (probablement en novembre) mais également la possibilité pour les départements qui le souhaitent de se rattacher avec une autre région, l’objectif étant que le projet de loi soit approuvé par le Parlement d’ici à l’automne prochain.

La nouvelle carte territoriale n’a pas manqué d’être commentée et a suscité de nombreuses interrogations entre ceux qui félicitent l’audace du président de la République et ceux qui restent dubitatifs quant aux choix opérés. En effet, si certains regroupements me paraissent, à titre personnel, tout à fait logiques (par exemple : la réunification de la Basse et Haute-Normandie ou bien encore la fusion des régions Rhône Alpes et Auvergne), d’autres sont en revanche, un peu tirés par les cheveux et on a un peu du mal à en voir la pertinence. Ainsi, quel est l’intérêt de fusionner Picardie et Champagne Ardenne sachant que la première est bien plus proche du Nord-Pas de Calais, sans oublier la grande fusion entre le Centre, Poitou-Charentes et Limousin, vivement contestée et surtout hasardeuse ?

201423_regions_une

La nouvelle carte territoriale proposée par le gouvernement Valls

Il faut dire que le président de la République et par extension le gouvernement sont confrontés à une difficulté majeure : celui d’harmoniser la nouvelle carte administrative de notre pays tout en respectant une logique à la fois territoriale et économique, ce qui explique sans doute quelques regroupements assez insolites comme cette fameuse super-région qui deviendrait la plus grande région du pays. Toutefois, les considérations politiques ont clairement joués dans la première monture présentée par le président de la République comme en témoigne le maintien de la Bretagne et des Pays de la Loire qui pourtant, feraient bien mieux de se regrouper pour former une grande région ouest Atlantique concentrée autour de deux métropoles à savoir Rennes et Nantes. Une occasion pour l’heure manquée expliquant sans doute le scepticisme de certains élus locaux, pour ne pas dire l’opposition farouche de certains partis aussi bien dans l’opposition qu’au sein même de la majorité, à l’instar du Parti radical de gauche (PRG)

reforme-territoriale-le-oui-majoritaire_1904144_528x397

Une fois encore, le président de la République s’est conforté au phénomène NIMBY (pour Not in my Backyard = Pas dans mon arrière cour). Autrement dit, tous d’accord de la nécessité de revoir ce millefeuille administratif mais tous opposés au regroupement ou au démantèlement de leurs régions respectives comme en témoigne les interventions de certains lors des arbitrages notamment dans l’éventualité d’une fusion Bretagne/Pays de la Loire ou Pays de la Loire/Poitou Charentes. Autrement dit, les sensibilités et autres particularismes régionaux ont été ménagés comme en témoigne également le maintien de la Corse, dont on oublie qu’elle dispose un statut particulier, une manière subtile d’éviter la bronca des groupes nationalistes.

C’est un peu dommage d’autant plus qu’il ne s’agit pas uniquement d’une réorganisation territoriale de notre pays mais bel et bien d’une modernisation de celle-ci. Reste à savoir comment François Hollande et le gouvernement sauront rassurer les inquiétudes de certains et surtout mener cette réforme sans encombres. Un vrai match en somme.