La revanche des juges

4098703Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue, ce mardi matin pour trafic d’influence présumé dans le cadre de l’affaire Bettencourt, tout comme deux autres personnes dont Philipe Herzog, son avocat. Très vite, ses soutiens les plus fidèles ont crié au complot, Jean-Pierre Audy, député européen, ayant même appelé à une manifestation pour sa libération.

La garde à vue de Nicolas Sarkozy est une première dans la mesure où elle touche un ancien président de la République qui, comme n’importe quel justiciable devra répondre des faits qui lui sont reprochés. Bien évidemment, il convient de rappeler que si la justice est indépendante, la présomption d’innocence existe et s’applique à tous, et même à l’ex-chef de l’Etat.

Toujours est-il que cette garde à vue n’est pas sans conséquences notamment sur le plan politique. Ce n’est désormais un secret pour personne (ou presque), Nicolas Sarkozy envisage toujours de revenir à la tête de l’UMP, dans l’optique de l’élection présidentielle du printemps 2017. Il y pense de plus en plus et avait même mis en place une stratégie pour y parvenir notamment dans le cadre du congrès d’octobre prochain. Or, cette garde à vue risque de compliquer davantage un retour qui devient de plus en plus hypothétique dans la mesure où la crédibilité de l’ancien président est atteinte. Même si aucune charge n’est finalement retenue contre lui, il n’en demeure pas moins que cette nouvelle change radicalement la donne dans la mesure où les cartes sont rabattues au sein même de l’UMP.

A ce titre, peu sont finalement les cadres de l’opposition à voler au secours de l’ancien président de la République, préférant sans doute se montrer prudent. Néanmoins, cette garde à vue de l’ancien président de la République pourrait conforter certains candidats à la présidence de l’UMP à aller jusqu’au bout, quitte à aller au clash avec l’ex-chef de l’Etat, tant sa probité est remise en cause. Je pense notamment à une personne comme Bruno Le Maire qui cherche à incarner une vision nouvelle de la droite républicaine et surtout rompre avec les anciennes pratiques de l’UMP, mais également à Xavier Bertrand qui, profitant de l’affaire Bygmalion, cherche à s’affranchir définitivement de Nicolas Sarkozy.

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Cette garde à vue est en cas synonyme de revanche pour l’institution judiciaire qui n’a sans doute pas oublié la présidence de Nicolas Sarkozy et son mépris plus ou moins manifeste pour certains juges. Le terme est, certes, excessif mais il n’en demeure pas moins que l’ancien chef de l’Etat ne fait que récolter ce qu’il a semé, pensant probablement qu’il n’aurait jamais à rendre des comptes, grâce à son statut particulier.

Certains diront que ce n’est pur acharnement mais au bout du compte, les juges ne font que leur travail et cette garde à vue n’arrive pas par hasard, les enquêteurs estimant qu’ils avaient des informations solides pour réclamer des comptes à Nicolas Sarkozy. Si ses fidèles crieront au complot, ils devraient sans doute regarder non pas du côté de l’Elysée mais au sein même de l’UMP, certains employant toute leur énergie pour que l’ancien président ne revienne pas sur le devant de la scène. Toujours est-il que, quelque soit l’issue de cette garde à vue, Nicolas Sarkozy demeure très affaibli politiquement parlant, tant que sa position au sein de l’UMP risque d’être fortement ébranlé et que son retour politique risque d’être encore plus hypothétique pour ne pas dire improbable. Et quand bien même, il s’en sort, pas sur que les Français oublient ce détail, le moment venu.