La « berlusconisation » de Sarkozy

Nicolas Sarkozy, lors de son entrevue avec Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1) et Gilles Bouleau (TF 1)

Nicolas Sarkozy, lors de son entrevue avec Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1) et Gilles Bouleau (TF 1)

Il y a quelque chose de curieux, pour ne pas dire de carrément indécent chez notre ancien président de la République : celle de manquer complètement d’humilité, surtout lorsqu’on connaît le contexte politique actuel !

C’est le sentiment que m’a donné son entretien accordé à TF1 et Europe 1, sa première interview radio-télévisée depuis qu’il a quitté l’Elysée, il y a plus de deux ans. Un entretien dans lequel, il s’est efforcé de démontrer qu’il n’était non seulement pour rien dans les faits qui lui sont reprochés mais qu’en plus, il serait victime d’une cabale, voire d’un complot de l’actuelle majorité, ce qui le laisse lourdement sous-entendre lorsqu’il dénonce « l’instrumentalisation d’une partie de la justice » face aux journalistes Gilles Bouleau et Jean-Pierre Elkabbach.

Les explications de l’ex-agité de l’Elysée étaient attendues dans le sens où il allait de toute façon en profiter pour jouer les victimes et jouer la carte de l’opinion. Dès lors, rien de surprenant si ce n’est qu’une fois encore, l’ancien chef de l’Etat manque non seulement de hauteur mais également de retenue lorsqu’il s’agit se payer la tête du gouvernement, quitte à émettre des accusations plus ou moins graves.

Un procédé qui fait immédiatement penser à celle mise en avant par un certain Silvio Berlusconi qui, habitué des affaires et autres scandales en tout genre, n’hésitait pas non plus à mettre en cause la machine judiciaire qui, bien évidemment, cherche à l’abattre. Une attitude qui, non seulement, lui a permis d’attirer l’attention sur lui mais qui plus est, lui a permis de galvaniser ses troupes et ses lieutenants politiques qui ne cessent de jurer que le Cavaliere n’a rien à se reprocher et qu’il est victime d’un système.

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Inutile de dire que la riposte de l’ex-président suivi de celle de ses plus fidèles soutiens ressemble trait pour trait. Toutefois, une stratégie telle marque, de manière effarante, l’état d’esprit d’un homme qui, au lieu de faire profil bas et attendre que la justice suive son cours, n’hésite pas à remettre en cause une institution qu’il était pourtant censé en être garant, lorsqu’il était président de la République !

Dès lors, plutôt que d’apparaître en homme d’Etat, capable de prendre du recul et avoir confiance en la justice de son pays, l’ex-agité de l’Elysée préfère se mettre dans une posture berlusconienne, où il suffit d’en rajouter un maximum, en espérant que plus c’est gros, mieux ça passe ! L’homme veut apparaître comme un martyr et se sent humilié, c’est pour autant oublier qu’en dépit de sa récente garde à vue et sa mise en examen pour corruption et trafic d’influence, il peut tout librement livrer sa version des faits et manquer de respect pour une institution qu’il a présidé en appelant « Monsieur Hollande » en lieu et place de « Monsieur le président de la République ». Un manque de respect qui en dit long sur ses idées en matière des valeurs républicaines qu’il est censé mettre en avant !

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Cette interview aura sans doute galvanisé les militants UMP purs et durs qui croient que l’ancien président est un martyr et qu’il doit prendre sa revanche sur un pouvoir socialiste qui, comme on le sait, est tyrannique et vendu. Mais c’est sans compter sur l’opinion publique qui, non seulement, n’a pas été convaincue par les explications de Nicolas Sarkozy mais qui plus est, a réaffirmé son opposition à un éventuel retour en politique. Un retour qui devient de plus en plus hypothétique dans la mesure où l’UMP risquerait purement et simplement de se déchirer mortellement.