Moscovici, le choix par défaut de François Hollande ?

Pierre Moscovici (à l'époque ministre de l'Economie et des Finances), candidat du gouvernement français au Collège des commissaires européens

Pierre Moscovici (à l’époque ministre de l’Economie et des Finances), candidat du gouvernement français au Collège des commissaires européens

Pierre Moscovici sera le candidat présenté par le gouvernement français au sein de la future Commission Juncker, tel l’a décidé le président de la République, ce mardi.

Un choix qui fut, en réalité, attendu dans la mesure où cela faisait des mois que le nom de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances était régulièrement cité. Ceci malgré un vrai-faux suspense dans lequel certains outsiders ont tenté de tirer leur épingle du jeu, voire de créer la surprise à l’instar d’Elisabeth Guigou qui caressait le rêve de succéder à Catherine Asthon mais également de Pervenche Bérès, l’actuelle députée européenne et chef de la délégation socialiste française au Parlement européen qui comptait, elle, sur son expérience et sa connaissance très approfondi du processus décisionnel européen.

Celui qui est encore député du Doubs succédera, selon toute vraisemblance, à Michel Barnier, pour un poste à vocation économique. A ce titre, l’Allemagne avait exprimé de fortes réserves au fait que l’ancien ministre devienne le nouveau commissaire aux Affaires économiques, une réticence qui semble cependant être levée et qui ne constitue plus, de ce fait, un obstacle à la nomination de Pierre Moscovici.

Nombre d’analystes se sont interrogés, à juste titre, sur le choix (annoncé) de Pierre Moscovici à la Commission européenne surtout au regard de son bilan plus que mitigé à Bercy. L’ancien locataire des lieux a joué un rôle non négligeable dans la mise en place de l’union bancaire mais ses détracteurs lui reprocheront son manque de rigueur et d’implication dans la lutte contre les déficits sans oublier son manque de résultats concrets et surtout probants dans la stratégie de relance de l’économie française. Pour certains, le choix de Pierre Moscovici est discutable et qu’il ne résulte que de la volonté du président de la République de respecter une « promesse » formulée à l’intéressé au lendemain de son départ du gouvernement en avril dernier.

Pierre Moscovici en compagnie d'Elisabeth Guigou, députée socialiste de Seine-Saint-Denis, ancienne ministre des Affaires européennes

Pierre Moscovici en compagnie d’Elisabeth Guigou, députée socialiste de Seine-Saint-Denis, ancienne ministre des Affaires européennes

Toutefois, le choix de Moscovici s’explique également par une certaine logique : l’ancien ministre n’est pas étranger aux questions européennes et il a toujours exprimé un fort intérêt pour la Commission européenne. Sa proximité avec François Hollande a également joué dans la balance, lui qui a soutenu la candidature de ce dernier lors de la primaire socialiste en 2011 à la différence d’Elisabeth Guigou et de Pervenche Bérès, toutes deux soutiens de Martine Aubry.

Dès lors, tout laisse à croire que le choix de Moscovici s’avère au bout du compte, un choix par défaut, du moins convenu. Toutefois, cela va dépendre de la place de la France au sein de la future commission Juncker, dans l’hypothèse où l’élu de Montbéliard réussit à succéder à Olli Rehn aux affaires économiques. C’est tout le pari de François Hollande qui tente de récupérer cette compétence afin de mieux influer sur la stratégie de l’Union européenne et donc, par effet de ricochet, sur celle de la France. A ce poste hautement stratégique mais surtout utile, le président de la République a plutôt pensé efficacité et pragmatisme sur le long-terme plutôt que symbole et prestige, notamment si l’hypothèse Guigou (à la Haute représentation aux Affaires étrangères) avait été retenue.

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Sauf accident, Pierre Moscovici succédera à Michel Barnier au sein de la Commission européenne. Sauf accident car le toujours député du Doubs sera entendu par les députés européens qui décideront ou non d’avaliser sa candidature, ce qui n’est pas impossible quand on se rappelle des relations plus ou moins compliquées entre l’ancien ministre et certains parlementaires. Toutefois, il est peu probable que sa candidature soit rejetée dans la mesure où si l’Allemagne a donné son accord, les députés allemands du Parti populaire européen (centre-droit) et du Parti socialiste européen devraient suivre, ces derniers ayant proportionnellement parlant d’importantes délégations au sein de leurs groupes respectifs.