La jurisprudence Montebourg-Hamon

Francois-Hollande-et-Manuel-VallsLes institutions de notre V° République sont mal faites, tout le monde le consent, mais c’est ainsi ! Nous sommes bel et bien dans une monarchie républicaine et l’annonce de ce lundi est une bonne piqure de rappel !

Alors que je m’apprêtais à rédiger un billet sur la polémique lancée par Arnaud Montebourg qui réclamait une nouvelle politique économique, je viens d’apprendre que le Premier ministre, Manuel Valls, a présenté sa démission au gouvernement au président de la République qui l’a accepté. Un nouveau gouvernement sera présenté dès demain.

Un nouveau gouvernement dans lequel il est très probable qu’Arnaud Montebourg n’y figure pas. Celui qui est encore ministre de l’Economie a sans doute franchi la ligne jaune et surtout atteint le point de non-retour en adoptant une ligne d’opposition envers le président de la République et du Premier ministre. Certes, l’homme est coutumier de l’exercice et fait souvent dans les coups médiatiques, ce qui ravit l’aile du gauche du Parti socialiste au passage. Toutefois, la posture de Montebourg et de Hamon mettait en danger la cohésion gouvernementale dans la mesure où, mine de rien, les deux ministres ont osé défier l’exécutif, sous couvert d’alimenter le débat sur la politique gouvernementale actuelle.

Dès lors, François Hollande et Manuel Valls n’avaient pas d’autres solutions que de sortir l’artillerie lourde en agissant vite et en tapant du poing sur la table. Au début, je pensais que la jurisprudence Batho (à savoir la démission forcée du ministre pour manque de solidarité gouvernementale) s’appliquerait uniquement à Arnaud Montebourg et par extension Benoit Hamon. Or en mettant la démission du gouvernement sur la table et l’acceptant, le président de la République veut faire passer le message suivant : il est le seul maître à bord et entend mener sa politique vaille que vaille. De fait, le président a inventé une jurisprudence qui veut lorsqu’un ministre critique ouvertement la politique du gouvernement, c’est toute l’équipe qui prend ! C’est la naissance en d’autres termes de la jurisprudence Montebourg/Hamon !

Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, lors de la Fête de la Rose de Frangy en Bresse, le 24 août dernier

Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, lors de la Fête de la Rose de Frangy en Bresse, le 24 août dernier

Certains y verront un sursaut de panique, d’autres d’autorité. A titre personnel, j’y vois surtout un sursaut de lucidité notamment face à une majorité et une gauche qui débat encore et toujours de la stratégie à mener et dans laquelle certains en profitent pour se mettre dans la posture, voire dans l’imposture. Comme je viens de l’écrire, le président de la République n’avait pas d’autres choix et toutes les options qu’ils s’offraient à lui avaient peu d’avantages et beaucoup d’inconvénients. Par exemple, si François Hollande avait décidé de ne rien faire, ses opposants ne se seraient pas gênés pour pointer son manque d’autorité, et sa transparence totale. Les mêmes qui pourtant insistent sur le côté autoritaire du président de la République, qui crient à la crise politique, et qui réclament ni plus ni moins une dissolution de l’Assemblée nationale et donc des législatives anticipées !

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Aussi, reste à savoir à quoi ressemblera le nouveau gouvernement Valls dont on commence déjà à spéculer sur sa composition ! Il est, pour rappel, fort peu probable qu’Arnaud Montebourg et Benoit Hamon y demeurent, le cas contraire serait totalement incompréhensible, signe d’une incohérence totale de la part de l’exécutif. Sans doute que le président de la République s’appuiera sur d’autres ministres clés restés loyaux tels que Ségolène Royal ou Laurent Fabius par exemple, voire même Christiane Taubira que certains imaginent sur le départ mais dont il est peu probable qu’elle sorte du gouvernement tant elle reste un symbole fort et encore identifiable, sans compter que Valls a besoin de l’actuelle Garde des Sceaux, ne serait-ce que pour calmer les velléités des radicaux de gauche qui, fidèles à eux-mêmes, utilisent constamment le chantage à la démission notamment dans le cadre de la réforme territoriale.

Toujours est-il qu’en acceptant la démission du gouvernement, François Hollande a sorti l’artillerie lourde et envoyé un message très clair à l’aile gauche et autres frondeurs du Parti socialiste. Il est le seul maitre à bord et il entend le rester. Les institutions de notre V° République sont mal faites, tout le monde le consent, mais c’est ainsi ! Nous sommes bel et bien dans une monarchie républicaine et l’annonce de ce lundi est une bonne piqure de rappel !