Le (gros) coup de mou de Mélenchon

Jean Luc Mélenchon, député européen (Parti de la gauche européenne) et ancien coprésident du Parti de gauche

Jean Luc Mélenchon, député européen (Parti de la gauche européenne) et ancien coprésident du Parti de gauche

Jean-Luc Mélenchon a le cafard et le fait savoir. Samedi matin, il a annoncé, lors de l’université d’été du Parti de gauche (PG) à Grenoble (le fameux « remue-méninges ») qu’il quittait la direction du parti qu’il a fondé il y a bientôt six ans tout en assurant qu’il resterait dans la vie politique. Dans la foulée, il a annoncé mettre en place un mouvement en faveur de la VI° République.

Le retrait de l’ancien ministre socialiste au sein de son propre mouvement politique est quelque peu surprenant mais au bout du compte logique. Surprenant dans la mesure où il intervient à un moment où le Parti de gauche peine toujours à tenir la dragée haute au gouvernement et au Parti socialiste, logique dans la mesure où le leader de la gauche radicale fait face à un constat d’échec et qu’il en tire les conclusions en s’écartant de la vie politique, du moins de manière active.

Cela va en surprendre plus d’un mais le retrait de Jean-Luc Mélenchon m’attriste un peu. Certes, on ne peut être d’accord avec lui et avec notamment sa stratégie de clash permanent et sans concessions avec le Parti socialiste, sans oublier ses diatribes plus que contentieuses vis à vis de la construction européenne (et de l’Union européenne en général) mais on ne peut reprocher à Jean-Luc Mélenchon la force de ses convictions. L’actuel député européen avait sincèrement cru qu’il suffisait de quitter le Parti socialiste pour recréer un parti politique résolument à gauche et surtout sans aucune concession, afin de reconquérir les classes populaires et ouvrières de plus en plus tentées par l’abstention ou par le Front national. L’idée était intéressante politiquement, à l’instar de Die Linke en Allemagne ou bien encore de SYRIZA en Grèce, mais s’est finalement fracassée la figure face à la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, davantage préoccupé par son combat personnel face au Front national et à Marine Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon, lors de l'université d'été du Parti de gauche à Grenoble

Jean-Luc Mélenchon, lors de l’université d’été du Parti de gauche à Grenoble

Car, on ne peut comprendre l’échec de Mélenchon par son obsession à tuer politiquement le Front national plutôt que d’apparaître comme une force de gauche alternative au Parti socialiste, proposant quelque chose de neuf. L’objectif était certes louable mais avait, au bout du compte, brouillé le discours du co-président du PG. Pire, l’ancien ministre paraissait inaudible face à une Marine Le Pen qui donnait le sentiment de s’exprimer avec des mots justes à la même cible électorale. Preuve en est, sa candidature aux législatives de 2012 à Hénin-Beaumont dans la foulée de l’élection présidentielle, sorte de match retour ou (mauvais) remake dans lequel il fut, une nouvelle fois distancée par la présidente frontiste.

Toujours est-il que le retrait de Jean-Luc Mélenchon peut, malgré tout, changer la donne pour le Parti de gauche dans la mesure où il pourrait (enfin) se concentrer sur une ligne politique claire et surtout constante. La notoriété et la forte exposition médiatique de son désormais ex-leader pouvait s’avérer un excellent moteur, elle est finalement devenu un véritable boulet. Jean-Luc Mélenchon avait sans doute eu l’intelligence de le comprendre et a préféré passer la main plutôt que de se voir contester tôt ou tard, les résultats (électoraux) se faisant toujours attendre.

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Toutefois, il n’est pas totalement certain que le PG survive au retrait de son fondateur et ancien leader. De fait, tout va dépendre de la nouvelle stratégie politique qu’elle entend mettre en œuvre et surtout du contenu du message qu’elle entend adresser aux Français, ce qui suppose également d’arrêter cette obsession vis-à-vis de Marine Le Pen qui lui a fait plus de mal que de bien !