Une Europe à la sauce allemande (?)

Donald Tusk, actuel premier ministre polonais, futur président du Conseil européen

Donald Tusk, actuel premier ministre polonais, futur président du Conseil européen

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a été élu président du Conseil européen, samedi dernier. Un choix qui fut largement soutenu par l’Allemagne à la différence de la France qui avait opté sa préférence pour Helle Thorning-Schmidt, la chef du gouvernement danois.

La nomination du leader libéral polonais illustre, selon certains analystes, une nouvelle fois de plus, l’influence de l’Allemagne dans la construction européenne, notamment pour Jean Quatremer, le correspondant de Libération auprès de l’Union européenne, qui y voit le signe d’un pays sûr de lui et dominateur.

La réalité lui donne, en premier lieu, raison puisque l’Allemagne est très largement représentée au sein des postes à responsabilités, quand elle n’impose pas elle-même ses candidats ou sa préférence. Rien qu’au Parlement européen par exemple, le socialiste Martin Schulz, a rempilé à la présidence, sans le moindre débat et surtout sans la moindre opposition des autres Etats membres, France en tête, élément concret de la force allemande au sein de cette institution et donc par effet-miroir, de la faiblesse de ses partenaires.

Nombreux sont ceux, comme Jean Quatremer, qui commencent à s’inquiéter de la toute-puissance de l’Allemagne au sein de l’Union européenne, au point qu’une germanophobie latente se profile et qu’Emmanuel Todd n’aurait pas renié. Pour eux, une Allemagne très forte et qui impose sans aucune résistance (notamment celle de la France) ses vues et ses conditions pourrait, à terme, créer un large déséquilibre dans la construction européenne, à l’heure notamment où la stratégie de l’austérité est de plus en plus remise en question.

Cet argument est tout à fait crédible dans la mesure où une Allemagne sans contrepoids et surtout sans partenaire solide peut rendre l’Union européenne bancale et menacer même son développement. Mais c’est rapidement oublier que les principaux partenaires de l’Allemagne se sont plus ou moins mis en retrait de la construction européenne, en l’investissant de moins en moins. C’est le cas du Royaume-Uni de David Cameron depuis 2010 pour des raisons évidentes, ou bien encore de l’Italie depuis Berlusconi, c’est surtout le cas de la France depuis ce fameux 29 mai 2005 et le jour où cette dernière a rejeté le référendum relatif au Traité constitutionnel européen. Alors moteur, la France s’est rapidement mis en retrait de la construction européenne malgré les velléités de Nicolas Sarkozy et les bonnes volontés de François Hollande face à Angela Merkel.

David Cameron, premier ministre britannique, François Hollande, président de la République française et Angela Merkel, chancelière d'Allemagne, lors du Conseil européen du 27 juin dernier

David Cameron, premier ministre britannique, François Hollande, président de la République française et Angela Merkel, chancelière d’Allemagne, lors du Conseil européen du 27 juin dernier

Car l’influence et la toute puissance de l’Allemagne ne se mesure pas (uniquement) au Conseil européen ou à la Commission européenne mais bel et bien au sein du Parlement européen où les députés allemands (toutes tendances confondues) ont la réputation d’être particulièrement actifs, voire influents, à la grande différence des députés notamment français qui brillent pour la très grande majorité d’entre eux par leur absence et leur désinvolture. Une tendance qui risque de s’aggraver nettement avec la récente élection de vingt-trois députés frontistes à Bruxelles, davantage préoccupés à dézinguer la construction européenne plutôt qu’à réellement défendre les intérêts de la France.

Un détail qu’il convient de prendre en considération pour mesurer la toute-puissance de l’Allemagne par rapport à la démission toute logique de ses autres grands partenaires qui, par paresse ou de façon délibérée, ont complétement déserté les enjeux européens, en adoptant une attitude pour le moins désinvolte. Autrement dit, la prédominance de Berlin n’est due qu’à la « bonne volonté » de Paris, Londres ou bien encore de Rome et de leur manque d’implication dans les institutions européennes et en particulier les plus stratégiques. Aussi, il suffirait que ces derniers réinvestissent le champ de la construction européenne pour que la sauce allemande soit un peu moins amère !