L’heure de Juppé ?

Alain Juppé, Premier ministre de 1995 à 1997, candidat à la primaire UMP pour la présidentielle de 2017

Alain Juppé, Premier ministre de 1995 à 1997, candidat à la primaire UMP pour la présidentielle de 2017

Alain Juppé peut être serein et voir l’avenir avec confiance. Lui-même n’aurait pas cru, il y a encore dix ans, qu’il pourrait être le futur champion de la droite pour les élections présidentielles de 2017.

Dans un récent sondage en effet, l’actuel maire de Bordeaux obtient 47% d’intentions de vote face à Nicolas Sarkozy (35%) dans l’hypothèse d’une primaire au sein de l’UMP. Une étude d’opinion qui ne signifie pas grand-chose mais qui souligne assez fortement une certaine réhabilitation de celui qui considéré comme le « meilleur d’entre nous » par son mentor politique, Jacques Chirac, il y a de cela de nombreuses années.

Qui se rappelle encore d’Alain Juppé, premier ministre, « droit dans ses bottes », arrogant et surtout psychorigide, trois tares qui lui avaient valu trois millions de Français dans la rue pour contester contre la réforme des retraites en 1995, son poste et une humiliante défaite aux élections législatives anticipées de 1997 ? Qui se rappelle d’Alain Juppé condamné à deux ans d’inéligibilité dans le cadre du financement occulte du RPR, déclarant qu’il était le « numéro deux d’un système qu’il ne contrôlait pas » ? (comprenez, il savait que Chirac pilotait tout cela mais qu’il allait prendre pour lui). Qui se souvient enfin d’Alain Juppé, éphémère ministre de l’environnement et du développement durable battu en juin 2007 lors des législatives face à une femme qui était une parfaite inconnue, Michèle Delaunay ?

Alain Juppé a-t-il (vraiment) changé ? En tout cas, il cherche à mettre une autre image, celle d’un homme apaisé et sage qui veut mettre son expérience au service de la France, adoptant une attitude gaullienne et rassembleuse. Une stratégie qui peut faire à terme du mal à un Nicolas Sarkozy dont le retour à la vie politique est comme une sorte de défi personnel. Le maire de Bordeaux ne cache plus ses ambitions et veut croire que son heure est enfin venue, ce qui à terme, pourrait redistribuer les cartes au sein de l’UMP.

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Dès lors, tout va dépendre de la stratégie menée par le premier président de l’UMP qui doit le mener à une candidature présidentielle et pourquoi pas, à l’Elysée. Face à la turbulence de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé veut prendre de la hauteur tout en restant à la page numériquement parlant, histoire de faire taire les critiques sur son âge et de mieux distiller, doucement mais surement son projet pour la France. Là, où Nicolas Sarkozy cherche à apparaître comme le sauveur d’une Nation en péril et à flatter des électorats aux intérêts diamétralement opposés, Alain Juppé joue la carte de la proximité et du contact direct avec les Français que nous sommes.

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De fait, un retour en grâce de l’ancien Premier ministre pourrait s’avérer redoutable pour l’actuel président de la République surtout si Alain Juppé arrive à réunir sur son nom aussi les gaullistes (historiques) que des centristes voir des gens de gauche, dans le cadre d’un hypothétique affrontement présidentiel dans deux ans et demi. En tout cas, Alain Juppé y croit et ne cherche pas à se servir de l’UMP comme machine de guerre, contrairement à son rival. Autrement dit, il n’aurait non seulement pas cherché à se présenter candidat à la présidentielle mais surtout aurait laissé le champ libre à Nicolas Sarkozy. Il n’en est rien et Juppé entend bien en découdre le second pour montrer qu’en politique, on n’est jamais mort !