Le Maire, l’outsider

Bruno Le Maire, candidat à la présidence de l'UMP, lors de son meeting, le 4 novembre à la Mutualité, Paris

Bruno Le Maire, candidat à la présidence de l’UMP, lors de son meeting, le 4 novembre à la Mutualité, Paris

Lorsque Bruno Le Maire avait décidé de se présenter à la tête de l’UMP, pratiquement personne n’aurait imaginé qu’il serait déterminé et irait jusqu’au bout face à Nicolas Sarkozy. Presque personne n’aurait imaginé qu’il récolterait des soutiens et des militants pour relayer et défendre ses positions. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes considèrent que l’actuel député peut être une sérieuse alternative dans les années à venir et pourquoi pas, remporter une élection supposée acquise pour l’ancien président de la République. A ce propos le choix de la Mutualité, là où Bruno Le Maire a récemment un meeting, ne doit rien au hasard puisque c’est à cet endroit que Nicolas Sarkozy avait annoncé sa défaite (et son retrait de la vie politique), le 6 mai 2012 !

En effet, Bruno Le Maire apparaît de plus en plus comme un véritable challenger pour la course au leadership de l’UMP face à l’ex-président. L’ancien ministre de l’Agriculture semble de plus en plus confiant et attire de plus en plus de militants au sein du party. Récemment, près de 80 députés ont officiellement annoncé leur soutien et il commence à inquiéter les fans de Sarkozy qui l’ont probablement sous-estimé.

Comme vous pouvez l’imaginer, je ne partage pas les idées et la vision politiques de Le Maire pour la France. Cependant, j’ai toujours eu du respect et de la considération pour ce dernier, en raison de son courage politique. Car il en faut du courage pour oser défier Sarkozy en se présentant à la direction de l’UMP. Tandis que l’ex-président de la République pense à 2017, Le Maire veut être vu comme celui qui fait une nouvelle offre politique pour son party, mettant à jour le logiciel idéologique pour mieux préparer les prochaines échéances électorales. Il veut donner un nouveau souffle, un nouveau sens pour la droite française en assumant son identité et en réaffirmant sa différence, ce qui suppose de clarifier le rapport à l’extrême droite.

Nicolas-Sarkozy-trouve-que-Bruno-Le-Maire-est-un-donneur-de-lecons

Mais en ciblant la présidence de l’UMP, Le Maire affronte clairement Nicolas Sarkozy, considéré par certains cadres comme étant le principal responsable de la défaite de 2012 et celui qui empêche le parti de se renouveler et de se différencier par rapport au Front national. Pour Le Maire, penser un nouveau corpus idéologique tenant compte de la situation actuelle de la France est tout aussi important que de se projeter pour 2017, sinon plus. En fait, avec la mise en place du quinquennat, la plupart des politiques se focalise sur la prochaine présidentielle plutôt que de faire des propositions innovantes pour la France. C’est d’ailleurs l’un des conséquences directes et désagréables du quinquennat et d’un temps politique qui s’accélère.

Aussi, en présentant une feuille de route pour l’UMP, Bruno Le Maire cherche clairement à marquer sa différence avec Nicolas Sarkozy qui voit la présidence pour un vulgaire tremplin pour sa reconquête de l’Elysée. L’ancien ministre est bien conscient qu’il ne succédera pas à Jean-François Copé, même si une surprise n’est pas à exclure le 29 novembre prochain, jour du vote des militants pour la présidence. En effet, même si Nicolas Sarkozy est au bout du compte, élu à la tête de l’UMP, il sait que plus il obtiendra un faible résultat, plus sa légitimité sera remise en cause au sein de son parti. Comparé à 2004, où il avait obtenu 85% des voix (face à Christine Boutin et Nicolas Dupont-Aignan), Nicolas Sarkozy n’est plus considéré comme l’homme providentiel à la rescousse du Gaullisme et de la France. Comme le montre les sondages, les Français ne semblent pas emballés par son retour et il est clairement contesté au sein de son propre parti et par des personnes dont il pensait qu’ils n’auraient pas le courage de se présenter contre lui, Le Maire et Juppé en particulier.

Bruno Le Maire, en compagnie de militants, le 18 septembre 2014 à Paris

Bruno Le Maire, en compagnie de militants, le 18 septembre 2014 à Paris

Même si Le Maire échoue à devenir président de l’UMP, il aura d’une certaine manière gagné dans la mesure où il aura réussi à démontrer qu’il peut être un challenger sérieux et une alternative sérieuse face à Nicolas Sarkozy. Et contrairement à NKM, Wauqiez et les autres quadras de l’UMP qui ont pris fait et cause pour l’ancien président, Le Maire lui a fait le pari audacieux de son avenir politique.