Un vote (très) symbolique

Lors du dépouillement de la consultation populaire sur l'indépendance de la Catalogne, le 9 novembre dernier

Lors du dépouillement de la consultation populaire sur l’indépendance de la Catalogne, le 9 novembre dernier

Il y aura, assurément, un avant et un après #9N (9 novembre) en Espagne.

Dimanche dernier, les Catalans ont voté pour l’indépendance de leur région avec près de 81% de oui. Il s’agissait d’un vote purement symbolique sans aucune valeur juridique mais non dépourvu de conséquences politiques.

En effet, cette consultation marque une importante victoire politique pour Artur Mas, le leader nationaliste de la CiU et chef du gouvernement catalan. Près de deux millions de personnes se sont rendus aux urnes pour exprimer leur sentiment et donner une sorte de légitimité au gouvernement de Barcelone vis à vis de Madrid. Artur Mas, pour mener sa stratégie, peut désormais mettre en avant ce formidable résultat pour exiger l’organisation d’un véritable référendum légal dans les prochaines années.

De son côté, le gouvernement espagnol a dénoncé une farce considérant que la consultation n’était pas démocratique à partir du moment que seuls les partisans de l’indépendance se sont déplacés voter. Cet argument est pertinent dans la mesure où il se réfère au résultat mais montre clairement l’embarras de Mariano Rajoy, le leader espagnol de reconnaître le succès de la mobilisation et de faire des concessions à Barcelone pour éviter un point de non-retour. Opportuniste, Mas a clairement profité du comportement de son homologue pour exploiter une brèche et mobiliser ses supporters pour remporter la guerre de l’opinion.

Artur Mas, chef du gouvernement régional catalan en compagnie de Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol

Artur Mas, chef du gouvernement régional catalan en compagnie de Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol

Car il sera difficile pour Madrid de ne pas prendre en compte le résultat de Dimanche et ses conséquences politiques. Dans mon esprit, les Catalans ne se sont pas vraiment exprimés pour l’indépendance mais plutôt pour exiger un véritable et profond débat sur la question comme cela fut le cas en Ecosse quelques semaines auparavant. Un véritable débat dans lequel ils pourraient peser le pour et le contre d’une possible indépendance et évaluer les conséquences sur leurs vies de tous les jours.

Mais en rejetant cette possibilité et toute possibilité de négociation, Rajoy prend le risque de radicaliser le mouvement catalan vers l’indépendance. Artur Mas l’a très bien compris en se servant de la brouille entre sa région et le reste de l’Espagne pour obtenir davantage de soutien et de légitimité politiques. Face à l’intransigeance de Madrid, Mas impose une sorte d’ultimatum à Rajoy : un référendum ou des élections anticipées en Catalogne pour obtenir une majorité absolue et imposer la sécession de la région. Cette stratégie est quelque peu dangereuse mais peut être très profitable à Mas dans le long-terme quitte à accéder à l’indépendance sans aucun débat ou sein de la population.

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C’est pourquoi je pense que le gouvernement central de Madrid n’a pas d’autres solutions que d’ouvrir un grand débat institutionnel sur l’avenir de l’Espagne pour maintenir la Catalogne en son sein ainsi que les autres provinces telles que le Pays basque ou bien encore la Galice. Sans doute que la meilleure solution pour l’avenir de la région réside dans le passage d’un Etat régional à une véritable nation fédérale tel quel le PSOE (le Parti socialiste ouvrier espagnol) et sa branche catalane (le PSC) le défendent depuis des années. Cela sera probablement le thème central des débats durant les législatives de novembre 2015. Autrement, les tensions entre Madrid et Barcelone vont prendre de l’ampleur et personne ne pourra prédire sur l’issue finale de ce conflit.