De la ceinture rouge à la ceinture bleue (?)

Christian Favier, président sortant PCF du conseil général du Val de Marne depuis 2004.

Parlons local et d’une hypothèse qui devient de plus en plus probable à l’approche de l’échéance proprement dite.

Les 22 et 29 mars prochain, les Français que nous sommes, éliront pour la première fois leurs conseils départementaux qui viennent remplacer nos bons vieux conseils généraux après plus de deux ans de bons et loyaux services. Un scrutin totalement remanié puisqu’outre une toute nouvelle carte électorale, nous élirons un binôme paritaire composé d’un homme et d’une femme.

Un scrutin qui n’est pas encore ancré dans l’esprit de nos concitoyens mais qui risque pourtant de faire des vagues aussi bien sur le plan national que local. En effet, les difficultés du gouvernement ainsi que le mode de scrutin pour le moins surprenant (12,5% des inscrits sera désormais nécessaire pour se maintenir au second tour) pourraient causer un énorme tort au Parti socialiste et à la gauche dans son ensemble. Actuellement majoritaire, elle pourrait perdre une bonne partie de ses cantons au profit de la droite, voire même du Front national notamment dans l’Oise ou dans le Vaucluse.

Mais les pertes pourraient avoir lieu dans des départements auxquels on n’y pense pas forcément, je pense notamment à ceux de la Petite couronne, c’est-à-dire les trois départements entourant Paris. Si pour le cas des Hauts-de-Seine, la question ne se pose pas, l’hypothèse de voir le Val de Marne et surtout la Seine-Saint-Denis passer du rouge/rose au bleu demeure avec insistance.

La carte politique de Seine-Saint-Denis au lendemain des élections municipales de mars 2014

Pour s’en convaincre, il suffit tout simplement de rappeler certaines données comme le résultat des dernières municipales mais également celles des dernières cantonales, sans oublier le taux d’abstention ainsi que de comparer la carte des anciens et nouveaux cantons. A ce propos, et pour parler d’un département que je connais très bien – ma chère Seine-Saint-Denis ! – la nouvelle carte électorale est pourtant troublante puisque regroupant des communes traditionnellement marquées à gauche avec des communes traditionnellement marquées à droite et dont l’électorat se mobilise suivant l’enjeu du scrutin et surtout la popularité et la notoriété de l’élu(e) candidat(e), donnant lieu à des chocs frontaux. Les places allant devenir de plus en plus chères, il est fort probable que nombres d’élus sortants se retrouvent dans le carreau au lendemain du 29 mars, surtout au sein du PS et du PCF.

Car il convient de rappeler que les municipales sont passées par là et qu’elles ont causé du tort à nombre de municipalités de gauche qui ont été durement sanctionnées par les électeurs en mars dernier. C’est notamment le cas en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne où des villes emblématiques ont changé de couleur politique de manière plus ou moins inattendue. Dès lors, fort de ce fait, il est probable que l’UMP et l’UDI ne s’entendent pas s’arrêter en si bon chemin et envisager très sérieusement le passage d’une ceinture rouge/rose à bleue.

Nouvelle carte électorale du Val de Marne pour les élections départementales

Nouvelle carte électorale électorale de Seine Saint Denis pour les départementales

D’autant plus que le PS et le PCF poursuivent les règlements de compte plus ou moins préjudiciables ainsi que des stratégies politiques plus ou moins curieuses. Car si – il faut bien le reconnaître ! – l’UMP et l’UDI misent sur un certain renouvellement et sur une union, le PS et surtout le PCF brillent par des affrontements frontaux et surtout la part belle laissée aux sortants, limitant fortement l’impact du renouvellement de notre chère classe politique. Certains diront que je pinaille mais ce genre de détail peut s’avérer problématique surtout lorsqu’on a affaire à une nouvelle carte électorale avec des territoires qui ne vous sont pas acquis d’avance, voire pas acquis du tout ! Là où la logique du renouvellement aurait du s’imposer, il est finalement curieux de voir que socialistes et communistes (et par extension le Front de gauche) locaux ont reconduit certains sortants plutôt que de faire – au moins ! – un panachage entre élus expérimentés et nouvelle génération.

Autant de raisons qui me font penser que les départementales à venir ne seront pas une promenade de santé pour la majorité socialiste/verte en Seine-Saint-Denis et pour la majorité communiste dans le Val de Marne, qui jouent bien gros dans l’affaire ! Cette situation indique surtout un net révélateur, celle d’une droite locale (et d’une extrême droite locale) qui est en passe de réinvestir le terrain politique en misant sur de nouvelles têtes et sur une nouvelle stratégie. Qui pour le moment, leur donne l’avantage !