Le nier, c’est creuser notre tombe !

La Seine-Saint-Denis reste à gauche, au bout du suspense. En décrochant douze cantons sur neuf, le PS, le PCF et EELV peuvent souffler à l’instar de Stéphane Troussel, le président du conseil général sortant mais aussi de Claude Bartolone, son prédécesseur.

Carte des vingt et un cantons au lendemain du second tour des départementales en Seine Saint Denis

Carte des vingt et un cantons au lendemain du second tour des départementales en Seine Saint Denis

Car le fief de l’actuel président de l’Assemblée nationale a bien failli basculer et même si l’UMP et l’UDI peuvent regretter que cela ne soit pas arrivé in fine, elles peuvent se targuer d’avoir réalisé une bonne campagne : trois cantons (Bondy, Livry et Gagny) sont passés à droite hier soir et même si le vote FN a bien aidé, c’est plutôt la stratégie d’une droite et d’un centre-droit conquérants qui commencent à se traduire dans les urnes.

Philippe Dallier, sénateur-maire des Pavillons sous Bois, président de l'UMP 93

Philippe Dallier, sénateur-maire des Pavillons sous Bois, président de l’UMP 93

C’est un fait qui se vérifie de scrutin en scrutin : la droite séquano-dionysienne n’a plus rien à voir avec celle qu’on avait connu il y a encore cinq ans ! En effet, c’est une droite décomplexée, avide de conquêtes et qui ne se contentent plus de ses bastions et fiefs traditionnels qui part à l’assaut de la Seine-Saint-Denis, à l’instar de Jean-Christophe Lagarde à Drancy en 2001 ou bien encore de Philippe Dallier, six ans plus tôt aux Pavillons sous Bois. Ces deux hommes affichent clairement un objectif, celui d’imposer progressivement la couleur bleue au sein du département persuadés que les habitants du 9-3 sont lassés par plus d’un demi-siècle de règne sans partage de la gauche.

Une gauche – où plutôt ses dirigeants – qui n’ont suffisamment pris la mesure de la mutation qui s’opérait au sein de la droite locale. Une droite locale qui a fait le pari du renouvellement des têtes et de l’union avec le centre comme alternative là où la gauche, PS en tête, a privilégié ses têtes d’affiche et ses ténors, du moins dans certains cantons. C’est peut-être un détail mais qui a suffi pour faire pencher la balance, sans oublier le vote FN avec lequel il faudra compter.

En clair, là où la droite s’est lucide et conquérante, la gauche a pêché par manque de réalisme. Ne pas le reconnaître c’est rester dans un déni certain qui pourrait être bien préjudiciable à la gauche à terme, Parti socialiste. Autrement dit, cette dernière devra tirer les conclusions et surtout les conséquences d’une victoire moins large au final et qui fut surtout obtenue au prix de lourdes pertes territoriales et électorales.

Hôtel du département à Bobigny

Hôtel du département et préfecture de Seine Saint Denis à Bobigny

Ce qui suppose que le PS réfléchisse à la manière de réinvestir la Seine-Saint-Denis et son action notamment envers les militants dont certains se sentent comme en dehors et surtout peu écoutés par la direction. Face à une droite locale qui cherche clairement à conquérir le département, la gauche ne peut se contenter de gérer ses acquis, ou ce qu’elle croit pour acquis, notamment ses électeurs. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de voir un PS sclérosé et incapable de remettre en mouvement permanent, ce qui pourrait très préjudiciable à terme.