Du rififi entre socialistes à la région

A peine la douloureuse séquence des départementales achevée (avec la perte de l’Essonne et de la Seine et Marne), s’ouvre (ou plutôt reprend) celle des régionales marquée par la querelle (assez effarante, je dois l’avouer !) entre Jean-Paul Huchon et Marie-Pierre de la Gontrie.

Jean-Paul Huchon, président (PS) de la région Ile de France, en compagnie de Marie-Pierre de la Gontrie, vice-présidente, à Paris, en 2011

Jean-Paul Huchon, président (PS) de la région Ile de France, en compagnie de Marie-Pierre de la Gontrie, vice-présidente, à Paris, en 2011

Depuis un moment en effet, le président socialiste de la région Ile de France et sa vice-présidente s’écharpent à coups de déclarations et de médias interposés pour savoir qui aura l’honneur de mener la gauche face à la candidate UMP Valérie Pécresse lors du scrutin de décembre prochain. Le dernier en date, c’est cet entretien que l’actuel président a accordé au Parisien dans lequel il ne se montre pas vraiment tendre avec son adjointe remettant en cause son manque d’expérience et sa connaissance toute relative de l’Ile de France. Face à une Valérie Pécresse favorite, Jean-Paul Huchon considère qu’il est le seul à pouvoir battre l’UMP et garantir un quatrième mandat à la majorité sortante. Une interview qui, au passage, m’a mis un peu mal à l’aise dans la mesure où Jean-Paul Huchon pêche par orgueil, marquant son manque total de considération pour Marie-Pierre de la Gontrie et… les militants socialistes.

1605-100224271L’ancien directeur de cabinet de Michel Rocard a un très bon bilan à la tête de la région qu’il dirige depuis 1998, faisant de l’Ile de France, une région dynamique et leader sur la scène nationale, européenne et même mondiale. Il a réussi à la rendre dynamique, solidaire et surtout attrayante bien loin du temps où le RPR – l’ancêtre de l’UMP – manquait d’ambitions pour la Région-capitale. Aussi, sa candidature est légitime et naturelle.

Or à l’heure du cumul des mandats et d’une défiance de nos concitoyens à l’égard de la classe politique dans son ensemble, on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence d’une nouvelle candidature de Huchon à la tête de la région même si ce dernier la justifie par le fait qu’il n’y a que lui pour battre la droite et qu’il n’a pas trouvé de successeur viable et solide pour reprendre la tête. Un argument plus que léger quand on sait qu’en 2010, les militants socialistes s’étaient prononcés en faveur d’une interdiction du cumul des mandats en nombre et également dans le temps. Un élément que Jean-Paul Huchon semble balayer d’un revers de la main et qui permet à Marie-Pierre de la Gontrie de le contester, quitte à donner une image affligeante du PS, marquée du sceau de la division, envers les Franciliens.

Valérie Pécresse, députée UMP des Yvelines, ancienne ministre, candidate à la présidence de la région Ile de France

Valérie Pécresse, députée UMP des Yvelines, ancienne ministre, candidate à la présidence de la région Ile de France

Car au moment où les socialistes, forts de leur bilan, devraient à la fois capitaliser et renouveler, ces derniers s’écharpent sur des questions de personnes pour le grand bonheur d’une droite francilienne qui n’en demandait pas temps. Une droite qui pourra facilement argumenter sur le fait que cela fait dix-sept ans que la région est gérée par les socialistes et qu’il est temps que cela change et avec une femme qui plus est ! Valérie Pécresse, à ce propos, s’est habilement débarrassée de tous ses concurrents (et tout particulièrement Roger Karoutchi) et peut tranquillement dérouler sa campagne profitant des bisbilles entre camarades socialistes !

pecresse-huchonCela est d’autant plus affligeant que le risque de voir l’Ile de France reconquise par la droite est loin d’être négligeable. Actuellement Valérie Pécresse est donnée gagnante et le spectacle donné actuellement par Jean-Paul Huchon et Marie-Pierre de la Gontrie ne peut être que de mauvais effet auprès de l’électorat. Signe surtout de la difficulté pour certaines personnalités politiques de passer la main quand il le faut et laisser les militants choisir celui ou celle qui aura l’honneur de prendre la suite, les prétendants ne manquant absolument pas au sein du PS !