Et si on rendait le vote obligatoire ? (suite)

Gérard Larcher, président du Sénat et Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale, remettant leur rapport sur "l'engagement républicain" au président de la République à l'Elysée

Gérard Larcher, président du Sénat et Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, remettant leur rapport sur « l’engagement républicain » au président de la République à l’Elysée

C’est un serpent de mer qui revient (souvent) après chaque élection, surtout lorsque le taux d’abstention atteint des sommets.

Ce jeudi, les présidents de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone et du Sénat, Gérard Larcher, ont remis leur rapport (distincts) sur l’engagement républicain suivant le contexte qui a suivi après les attentats de janvier dernier et la Marche républicaine du 11 janvier. Parmi les propositions formulées, celle du vote obligatoire qui refait surface et qui donc, parler d’elle.

Selon le président de l’Assemblée nationale et député de Seine-Saint-Denis, l’instauration du vote obligatoire serait une mesure (sinon la mesure) à adopter pour lutter contre l’abstention notamment dans les quartiers populaires, l’objectif étant de retisser le lien entre la République et certains de ses enfants qui se sentent laissés pour compte. L’ancien maire du Pré-Saint-Gervais et ministre propose également l’inscription et la mise à jour automatique sur les listes électorales ainsi que d’autres mesures phares comme une meilleure reconnaissance de l’engagement associatif par exemple.

Je dois bien avouer que je reste assez dubitatif face à la proposition principale de mon député, même si une telle proposition n’est pas stupide en soi. Pour rappel, le vote obligatoire est déjà en vigueur dans certains pays européens tel le Luxembourg ou bien encore la Belgique et les mesures coercitives peuvent être une solution pour fortement « encourager » les plus récalcitrants à exercer leur devoir citoyen.

aurel-vote-obligatoire1Mais bien que le constat de Claude Bartolone soit juste, il n’en demeure pas moins qu’il se trompe de préconisations. En effet, rendre obligatoire le vote fera diminuer l’abstention – par pur effet de levier – mais en aucun cas les causes. Un constat partagé par nombre d’analystes politiques et des élus locaux qui s’interrogent sur le bien-fondé et la pertinence d’une telle proposition.

Car le président de l’Assemblée nationale, élu de Seine-Saint-Denis, ne pose pas la question suivante : pourquoi les gens s’abstiennent ? Pourquoi décident-ils en leur âme et conscience de bouder les urnes, surtout quand on sait que l’abstention ne concernent plus seulement des gens dépolitisés mais aussi des citoyens engagés qui ne croient plus à l’efficacité du politique et qui voient en leur geste, un acte politique, une manière pour eux de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une mascarade.

obligatoireLes récentes élections départementales ainsi que les futures régionales ont indiqué un élément majeur : celui d’une classe politique incapable de (véritablement) se renouveler mais également de se réinventer. Dès lors, face à une offre électorale reste pratiquement la même, difficile pour l’électorat – dans son ensemble – de se mobiliser et de revoter pour les mêmes personnes depuis des une, deux voire trois décennies. C’est comme si votre cinéma de quartier diffusait le même genre de films depuis des années. A la fin, le spectateur ira voir du côté des multiplexes au choix beaucoup plus larges !

Aussi, le vote obligatoire ne peut avoir de pertinence que si – et seulement si ! – l’offre politique se renouvelle. Car c’est l’une des causes, à mon sens, de l’abstention qui est l’expression délibérée de citoyens qui ont décidé de défier le monde politique et ce qu’il représente pour eux. Autrement, cette forme de protestation trouvera son expression dans le vote contestataire et bien réel celui-là !