Le Front national, le Petit Journal et la liberté de la presse

L'équipe du Petit Journal (Canal Plus) exfiltrée par le service d'ordre du FN lors du défilé du Premier mai

L’équipe du Petit Journal (Canal Plus) exfiltrée par le service d’ordre du FN lors du défilé du Premier mai

C’est une évidence désormais et Marine Le Pen ne cesse de le dire ! Le Front national a changé ! La patronne du mouvement d’extrême droite ne cesse de la revendiquer et le dire à qui veut l’entendre et la croire que son parti est clean et débarrassé des parasites qui salissaient son image à commencer par son père et co-fondateur du mouvement, Jean-Marie Le Pen.

Le 1er mai dernier, le mouvement d’extrême droite célébrait, comme chaque année Jeanne d’Arc, symbole de la résistance et de l’identité françaises contre l’étranger, place de l’Opéra à Paris. Comme chaque année, les journalistes sont venus couvrir l’événement et diffuser le discours de Marine Le Pen. Le Petit Journal était là pour faire un reportage et interviewer des gens. Les relations entre l’émission satirique et le Fn n’ont jamais été au beau fixe et c’est sans surprise que Le Petit Journal n’avait pas obtenu d’accréditation pour accéder à l’espace presse.

Pour couvrir l’événement et faire malgré tout leur boulot, Le Petit Journal a décidé de se poser près de l’espace VIP où était situé l’ensemble des cadres et élus du Front national. Mais rapidement les journalistes furent attaqués et agressés par le député européen et conseiller régional de Rhône-Alpes, Bruno Gollnisch. Le parlementaire s’est justifié en invoquant une violation de se vie privé bien qu’il ne faisait que bavarder avec Florian Philippot, vice-président du FN, et qu’il attendait près de la scène où Marine Le Pen prononçait son discours.

Certains journalistes du Petit Journal ont été blessés juste après l’altercation avec le député européen et le service d’ordre du FN. Depuis l’incident Yann Barthès, producteur et présentateur de l’émission dénonce continuellement ce qui s’est produit le week-end dernier. Mais ce qui est assez surprenant – et même inquiétant – c’est qu’aucun média n’a fermement condamné l’altitude de Bruno Gollnisch comme si l’incident n’avait aucune signification pour eux.

Alors que le Front national tente de se présenter comme un parti normal, cette histoire nous rappelle qu’il s’agit une fois encore d’une totale fumisterie. Jusqu’à présent, Marine Le Pen avait donné l’impression que son parti avait réellement changé, qu’il était plus compétent et apte à gouverner, qu’il acceptait les valeurs républicaines et pouvait gouverner la France dans un avenir proche. Mais, dans les faits, le FN semble toujours avoir des problèmes avec certains principes élémentaires comme – allez au hasard ! – la liberté de la presse par exemple. Mais plutôt que se pencher sur ce problème majeur, la presse française préfère insister sur les bisbilles entre la fille et le père Le Pen !

Il y a cinq mois, les médias français pleuraient le meurtre des journalistes de Charlie Hebdo et mettaient en avant la liberté de la presse et celle d’expression. Cinq mois après, pratiquement aucun médium ne s’est exprimé pour défendre Le Petit Journal et s’en prendre au Front national. Marine Le Pen peut se présenter comme quelqu’un ayant rompu avec son père et présenter son parti libéré de ses démons et de son passé sulfureux, le fait est que cette extrême droite reste dangereuse pour notre démocratie à partir du moment où elle s’en prend à une aspect fondamental de notre République

Le temps est venu pour les journalistes de prendre leurs responsabilités. Mais en-sont-ils encore conscients ?