Cameron : vrai joueur mais véritable vainqueur ?

David Cameron, premier ministre britannique réélu

David Cameron, premier ministre britannique réélu

C’est une surprise totale que personne n’avait prédite. David Cameron, le premier ministre sortant et chef de file des Tories a largement remporté les élections législatives britanniques en obtenant la majorité absolue à la Chambre des communes qui plus est. Le Parti travailliste dévisse avec seulement 239 sièges et les Libéraux-démocrates sont pratiquement rayés de la carte avec 8 sièges. Quelques heures après les résultats, Ed Miliband, le leader travailliste, Nick Clegg, le vice-premier ministre sortant et chef de file des Lib-dem ont remis leur démission. Même Nigel Farage, le chef du UKIP les a imité, bien que le mouvement populiste et anti-UE ait obtenu 12% des voix mais seulement deux sièges.

Comme je viens juste de l’écrire, la victoire de David Cameron était inattendue, les instituts de sondages ayant plutôt parié sur un « hung parliament » (parlement suspendu) et un résultat très serré pour former un gouvernement. Qui plus est, l’actuel Premier ministre britannique était très critiqué, certaines personnes pensant même qu’il allait perdre les élections.

Cameron est un véritable joueur qui a gagné la mise non pas en raison de ses résultats sur le plan économique mais plutôt en raison de la faiblesse de ses concurrents directs. Ed Miliband ne fut jamais considéré comme un leader charismatique et Nick Clegg a perdu toute crédibilité en raison de son alliance avec les Tories ces cinq dernières années. En effet, la coalition conservatrice-libérale a bien plus profité par Cameron qu’à son vice-premier ministre. De plus, il était plutôt délicat pour Clegg de s’en prendre au bilan du gouvernement sortant alors que son parti en était membre. Autrement dit, Clegg était en total contradiction et totalement piégé par Cameron.

Nick Clegg (à gauche), vice-premier ministre britannique sortant et leader des libéraux-démocrates et Ed Miliband, leader des Travaillistes

Nick Clegg (à gauche), vice-premier ministre britannique sortant et leader des libéraux-démocrates et Ed Miliband, leader des Travaillistes

Le Premier ministre réélu va donc diriger un gouvernement majoritaire et il aura les mains totalement libres pour tenir son référendum sur l’avenir du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Il s’y était engagé en 2012 afin de contrer la progression du UKIP dans les sondages mais il sait désormais qu’il doit tenir sa promesse. Qui plus est, la très large victoire du Scottish National Party (SNP) pourrait tout changer et il n’y a donc aucune garantie qu’un référendum aura bel et bien lieu en 2017.

Nicola Sturgeon, chef du SNP

Nicola Sturgeon, chef du SNP

De fait, avec 56 sièges sur 59 disponibles, les nationalistes écossais ont balayé la domination historique du Labour. Cette victoire quasi-totale sonne comme une revanche quelques mois seulement après avoir perdu le référendum relatif à l’indépendance de l’Ecosse. A Westminster, les nationalistes écossais et leur nouvelle chef de file, Nicola Sturgeon, vont défendre les intérêts de l’Ecosse et des Ecossais et pourraient exercer une pression sur le gouvernement de Cameron surtout si ce dernier s’en prend à certaines politiques sociales (l’Ecosse étant une région très à gauche) et décide finalement d’organiser le référendum sur l’avenir de la Grande-Bretagne dans l’UE (Les Ecossais sont bien plus pro-Européens que le reste du pays)

David Cameron a remporté une victoire totale et a vaincu tout ses concurrents. Cependant, cette victoire est trompeuse. Le Royaume-Uni est clairement plus divisé que jamais avec une Angleterre conservatrice et une Ecosse progressiste, attirée par l’indépendance. Des temps incertains s’ouvrent en Grande Bretagne et Cameron sait que, qu’il soit les décisions qu’il prendra et les stratégies qu’il pilotera, celles-ci ne seront pas sans conséquences sur l’avenir de son pays.