Pierre Karl Péladeau, sauveur du Parti Québécois ?

Le Parti québécois a un nouveau chef, Pierre Karl Péladeau. L’ancien PDG de Quebecor a été élu avec 58% des votes contre 26% pour Alexandre Cloutier, et 13% pour Martine Ouellet.

Pierre Karl Péladeau, nouveau chef du Parti québécois, lors de son discours de victoire, le 16 mai, à Montréal (Québec, Canada)

Pierre Karl Péladeau, nouveau chef du Parti québécois, lors de son discours de victoire, le 16 mai, à Montréal (Québec, Canada)

Certains leaders politiques québécois ont rapidement réagi à la victoire de « PKP » entre espoir et crainte. Pour ses partisans en effet, le nouveau leader du PQ est l’homme qui peut donner une nouvelle direction au Québec et mener la province francophone canadienne à l’indépendance. Mais pour ses détracteurs, Pierre-Karl Péladeau est un libéral, considérant l’Etat comme trop présent et que son rôle devrait par conséquent, être réduit à l’essentiel. Qui plus est, bien qu’il ait clamé à maintes reprises dans le passé son souhait de voir un Québec indépendant, le nouveau patron souverainiste n’a pas clairement expliqué quel était son plan pour la souveraineté et quelle était sa stratégie pour convaincre les Québécois.

Pierre-Karl Péladeau, à l'époque candidat dans la circonscription de Saint-Jérôme, lors des élections provinciales de mars 2014 en compagnie de Pauline Marois, cheffe du PQ et première ministre sortante du Québec

Pierre-Karl Péladeau, à l’époque candidat dans la circonscription de Saint-Jérôme, lors des élections provinciales de mars 2014 en compagnie de Pauline Marois, cheffe du PQ et première ministre sortante du Québec

L’élection de Pierre Karl Péladeau au leadership du Parti québécois est surprenante à première vue. En effet, il y a seulement un an, PKP était un novice en politique, et pas tellement connu pour être un fervent militant de la cause indépendantiste. Sa candidature lors des dernières élections provinciales était perçue par certains analystes politiques comme une façon pour Pauline Marois, cheffe à l’époque du PQ et premier ministre sortante, de convaincre les milieux d’affaires que le mouvement péquiste, traditionnellement social-démocrate et grand défenseur des classes moyennes, avait une stratégie crédible pour mener le Québec à l’indépendance et rendre la province encore plus prospère en dehors du Canada. PKP était un atout pour aider le PQ à obtenir la majorité absolue tout en donnant des gages aux milieux économiques.

Mais depuis la large défaite du Parti québécois et le retour (gagnant) du Parti Libéral du Québec aux affaires, PKP a été alors considéré comme une sorte de Messie, celui qui avait remettre le mouvement indépendantiste sur le droit chemin et l’aider à regagner la confiance des Québécois. La plupart de ses partisans insistent sur son charisme, son énergie et sa capacité à rassembler les militants souverainistes traditionnels et à attirer une nouvelle génération rêvant d’un Québéc libre. Autrement dit, Péladeau incarne un nouvel espoir, un nouveau futur pour le Québec et son leadership devrait générer de nouvelles ambitions pour le mouvement souverainiste.

Mais avant que les souverainistes québécois se mettent à rêver d’indépendance, PKP devra au préalable expliquer comment il compte clairement y parvenir. Durant la course pour le leadership, ses principaux concurrents ont souligné son flou le plus total concernant la tenue (ou non) d’un troisième référendum sur le sujet là où certains comme Bernard Drainville s’étaient engagés à l’organiser d’ici 2023 si le PQ remportait les élections provinciales de 2018. Qui plus est, le nouveau patron péquiste doit convaincre et s’imposer au sein des autres mouvances souverainistes plus ou moins sceptiques vis-à-vis de lui en raison de son côté libéral et grand patron.

Caricature de Garnotte parue dans "Le Devoir" en novembre 2014

Caricature de Garnotte parue dans « Le Devoir » en novembre 2014

Le plus dur commence pour PKP en réalité. S’il a très aisément remporté la direction du Parti québécois – ses deux concurrents les plus sérieux, Bernard Drainville et Jean-François Lisée, ayant jeté l’éponge auparavant – il sait qu’il est attendu par tout le monde. Ses supporters qui ont besoin d’une nouvelle direction pour convaincre une majorité de Québécois et ses détracteurs qui considèrent que PKP est incapable de diriger la province et la mener à l’indépendance. De fait, le Parti québécois a sans doute pris un risque important en élisant Pierre Karl Péladeau comme chef. C’est peut être l’homme de la situation pour celles et ceux qui rêvent d’un Québec prospère et libre mais c’est peut être celui qui peut donner de sérieuses désillusions pour un parti qui devrait d’abord redéfinir ses priorités et exprimer ce qu’il veut clairement. Et il a trois ans pour sortir de l’ambigüité.