Marine Le Pen a (enfin) son groupe ! Mais pour combien de temps ?

2048x1536-fit_marine-le-pen-le-10-juin-2015-au-parlement-europeen-de-strasbourg-afp-photo-frederick-florinMarine Le Pen a obtenu ce qu’elle voulait : la formation d’un groupe politique au Parlement européen. Son groupe, qu’elle a nommé Europe des Nations et des libertés devrait être opérationnel incessamment sous peu (peut-être d’ici la prochaine session parlementaire de juillet et présidée par elle-même.

Personne, au sein de la sphère politique européenne, n’a réagi à la formation de ce groupe politique jusqu’à présent, même si certains analystes et militants déplorent son existence. En effet, grâce à leur groupe, les partis d’extrême droite pourront davantage se faire entendre au sein de l’hémicycle de Bruxelles et de Strasbourg et grâce à la manne financière non-négligeable de l’UE, ils auront leur mot à dire sur l’ordre du jour du Parlement via la conférence des présidents, l’instance qui réunit les leaders de l’ensemble des groupes politiques au Parlement européen. Marine Le Pen et les autres leaders extrémistes nationaux auront plus de visibilité et pourront mieux communiquer, grâce à des subventions européennes, c’est-à-dire, notre argent, votre argent !

En tant que démocrate, l’existence de ce groupe politique me préoccupe suffisamment. Marine Le Pen and ses nouveaux amis sont profondément europhobes et proposent tout simplement un dangereux retour à une Europe dominée par les intérêts égoïstes et nationaux. A l’heure où l’UE reste confrontée à la crise la plus profonde qu’elle ait du à affronter jusqu’à présent, ils voient clairement en elle une cible à détruire et s’appuieront sur le Parlement européen pour délivrer leur message de haine alors que les citoyens ont besoin d’un discours fort et apaisé de la part des institutions et des leaders européens.

(L-R) Matteo Salvini, Italy's Lega Nord party member, Austria's far-right Freedom Party (FPOe) member Harald Vilimsky, Marine Le Pen, France's National Front political party head, Dutch far-right Freedom Party (PVV) leader Geert Wilders and Belgium's Flemish right wing Vlaams Belang party member Gerolf Annemans pose during a joint news conference at the European Parliament in Brussels May 28, 2014.  REUTERS/Francois Lenoir (BELGIUM  - Tags: POLITICS ELECTIONS) - RTR3R8ZF

Marine Le Pen en compagnie de Matteo Salvini, membre de la Ligue du Nord (Italie), Harald Vilimsky, membre du FPÖ (Autriche), de Geert Wilders, leader du Parti de la liberté (PVV, Pays-Bas) et de Gerolf Annemans, membre du Vlaams Belang (Belgique), durant une conférence de presse, le 28 mai 2014 au Parlement européen de Strasbourg

Cependant, la constitution de ce groupe n’est pas une si mauvaise nouvelle pour l’UE en fin de compte. Cela pourrait même être une bonne pour la démocratie et les autres partis politiques. Ce n’est pas la première fois que l’extrême droite européenne réussit à former un groupe politique au sein du Parlement européen. Il y a quelques années en effet, Jean-Marie Le Pen avait même présidé le groupe « Identité, Tradition et souveraineté » entre 2004 et 2007. Cependant, tous ces partis nationaux défendent leurs propres intérêts et échouent, la plupart du temps, à trouver une stratégie et un accord communs. Jusqu’à présent, tous les groupes d’extrême droite au Parlement européen n’ont pas tenu jusqu’au bout de la législature car les membres ne partageaient rien et défendaient leur point de vue national uniquement. Ils partageaient peut-être le même diagnostic et le même rejet de l’UE mais échoue à établir une stratégie fondée sur des valeurs communes et des intérêts en commun. D’autant plus qu’il a fallu plus d’un an à Marine Le Pen pour former son groupe politique, signe que ENL reste une coalition fragile d’intérêts personnels et qu’elle le restera.

1100613_soupcon-de-fraude-du-fn-au-parlement-europeen-une-affaire-inedite-par-son-ampleur-web-tete-0204215844141Dès lors, la question n’est pas de savoir si Marine Le Pen a réussi à former un groupe politique, le véritable enjeu c’est de savoir pour combien de temps ? Les députés européens FN pourront-ils véritablement s’entendre avec les Belges (ou plutôt Flamands) du Vlaams Belang ou les Hongrois du parti antisémite et néo-fasciste Joobik, parti qui prône la déportation des Juifs hors d’Europe ? Et ne parlons des néo-nazis d’Aube Dorée en Grèce ! Autant de contradictions que Marine Le Pen devra gérer au sein de son groupe en imposant une stratégie commune et une ligne politique si elle souhaite que son groupe dure.

De l’autre côté, l’arrivée d’Europe des nations et des libertés peut être une formidable occasion pour les groupes parlementaires traditionnels et leurs formations politiques de s’interroger sur l’opportunité de se revendiquer comme véritablement pro-Européen. Peut-être pas fédéraliste mais en défendant la construction européenne et ses acquis. C’est un rêve que je fais mais nous sommes désormais dans une sorte de guerre de communication et psychologique que Marine Le Pen veut gagner pour imposer ses idées. Une guerre que les socialistes, la droite, les écologistes, les libéraux-démocrates et ainsi que les autres groupes au Parlement européen ne peuvent pas perdre !