Le retour gagnant de Gilles Duceppe ?

Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois (1995 - 2011 et depuis juin 2015)

Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois (1995 – 2011 et depuis juin 2015)

C’était la semaine dernière et la nouvelle a pris tout le monde de court, jusqu’aux rangs même du Bloc Québécois. Gilles Duceppe a officiellement repris le leadership du parti souverainiste, succédant ainsi à Mario Beaulieu, en poste depuis trois ans.

La mission de Gilles Duceppe, meneur historique et charismatique du Bloc Québécois est simple. Faire renaître ce dernier de ses cendres et lui permettre d’obtenir un score honorable et même – pourquoi pas ! – lui obtenir la première place lors des élections fédérales canadiennes du 19 octobre prochain dans la province francophone. Une mission pour le moins musclée mais que l’ancien et désormais nouveau leader souverainiste semble accepter avec enthousiasme et détermination.

Le Bloc Québécois traverse en effet une large et profonde crise depuis sa défaite historique en mai 2011, date des dernières élections canadiennes. Jusqu’à lors, le premier parti au Québec, le parti souverainiste est subitement passé de 54 à seulement quatre députés fédéraux. Gilles Duceppe avait lui-même les frais de cette déroute en étant battu par une candidate néo-démocrate dans une circonscription où il était pourtant élu depuis des années.

Gilles Duceppe lors de sa démission en tant que chef du Bloc Québécois, le 3 mai 2015

Gilles Duceppe lors de sa démission en tant que chef du Bloc Québécois, le 3 mai 2015

Depuis lors et pour des raisons évidentes, le Bloc devenait inaudible et bien peu capable de défendre son fonds de commerce, à savoir les intérêts des Québécois. Qui plus est, Mario Beaulieu, le successeur de Gilles Duceppe, était fortement critiqué pour son manque de vision et surtout de clarté notamment dans la stratégie suivant à promouvoir soit l’indépendance du Québec ou tout simplement les intérêts des Québécois à Ottawa, hypothéquant encore un peu les chances de survie du Bloc Québécois.

Gilles Duceppe en compagnie de son prédécesseur Mario Beaulieu, le 15 juin dernier

Gilles Duceppe en compagnie de son prédécesseur Mario Beaulieu, le 15 juin dernier

Gilles Duceppe est donc perçu comme pratiquement un sauveur, la dernière chance du Bloc de montrer son utilité sur la scène fédérale canadienne. Or, le nouveau leader le sait, il ne suffira pas de se mettre en avant tel un sauveur pour que les Québécois votent à nouveau pour son parti, tout comme Pierre Karl Péladeau pour le Parti Québécois au niveau provincial. Gilles Duceppe devra d’abord surveiller la dynamique du Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair, grand vainqueur des élections fédérales au Québec et dans une moindre mesure dans le reste du Canada (en raison de sa progression faisant de lui l’opposition officielle) et dont les chances de former le prochain gouvernement fédéral restent fortes. Le nouveau leader du Bloc devra démontrer tout l’intérêt pour les Québécois de renouer avec le Bloc surtout quand on sait que le NPD cherche à confirmer sa percée historique d’il y a quatre ans.

Caricature de Garnotte parue dans "Le Devoir", le 10 juin dernier

Caricature de Garnotte parue dans « Le Devoir », le 10 juin dernier

Dès lors, le retour de Gilles Duceppe est à double tranchant. Si le Bloc québécois obtient des scores honorables en octobre prochain, l’ancien député pourra considérer qu’il a réussi (en partie) sa mission de redressement d’un parti à la dérive. Si en revanche, les résultats demeurent décevants ou (pire) confirment la déroute de 2011, cela sera le signe que le Bloc est définitivement hors-jeu, obligeant ainsi les souverainistes québécois à réfléchir sur leur stratégie devant mener à l’indépendance du Québec… si tant est qu’ils y parviennent !